Jazz, Actuel, Improv


Je ne pouvais terminer cette première compilation de Noël 2007 sans partager avec vous un enthousiasme non-modéré (comme disent les Anglais) pour le talent considérable du canadien Jaymz Bee et son Royal Jelly Orchestra. Paru en 1995 sous Leisure Lab (une sous-étiquette appartenant à BMG), l’album A Christmas Cocktail regroupe une pléthore de grands classiques de Noël réarrangés avec grand talent par Jono Grant (claviériste et guitariste de talent), chantés et animés par Jaymz Bee (chanteur-crooner, comédien) accompagnés par la crème de la crème (l’orchestre de la gelée royale!) de la musique torontoise.

Les arrangements s’inspirent des hauts sommets de la musique instrumentale des années 50 avec plusieurs citations judicieuses pour l’auditeur attentif (musique de série télévisée, rythmiques parfaitement fromagées ou complètement déjantés, jazz lounge). L’ensemble est très souvent comparé à celui de Richard Cheese, mais on note des différences très sérieuses en ce qui a trait à l’épaisseur de l’enveloppe sonore (8 musiciens, choeurs) et la multitude des influences musicales.

Je n’ai pu me résoudre à en choisir une seule - l’album devient de plus en plus difficile à trouver en magasin (mais se déniche rapidement sur internet, par contre) - alors, j’ai décidé d’en inclure 3 pour le prix d’une seule: “It’s Christmas Time (Oh Yeah)”, “Sleigh Ride” et “Carol of The Bells” intégrées dans un montage que j’appelerai A Christmas Medley.

Les médias soulignent la mort de René Lévesque. Parlons donc un peu du… trombone! Donc, il y a 20 ans mourait le grand premier ministre qui “fera partie de la courte liste des libérateurs de peuple”. Deux ans plus tard, le compositeur québécois René Lussier remportait le prix Paul-Gilson pour son projet Le trésor de la langue et 5 ans auparavant, je tombais sur le dos après un solo extraordinaire de Gary Valente (photo) au sein du Carla Bley Band en plein devant ma face à la salle Albert-Rousseau. Quel lien entre ces 3 évènements? Il n’y a pourtant pas 7 degrés de séparation!

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Commençons par établir que je suis devenu fou du trombone un certain soir de 1982, alors que j’assistais à un concert du Carla Bley Band. Le tromboniste Gary Valente y soufflait avec force, conviction et émotion; une pièce en particulier avait retenu mon attention: The Lord Is Listenin’ To Ya, Hallelujah! Un vrai morceau gospel, du genre qui donne le goût de retrouver la foi. René Lévesque, pour sa part, fait une apparition involontaire sur Le Trésor de la Langue, une sorte de dictée musicale sur la langue parlée au Québec - album paru sur l’étiquette Ambiances Magnétiques (aujourd’hui réédité par La Tribu) - dans la pièce Lend’main d’veille au cours de laquelle on entendait la voix du premier ministre doublée parfaitement par l’excellent tromboniste Alain Trudel alors qu’il livrait son discours d’après-défaite référendaire.

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Le trombone! Oui! Pour faire savant, voici: Un instrument à air et à embouchure, muni d’une coulisse avec laquelle le musicien allonge ou raccourcit la colonne d’air en vibration pour modifier la hauteur des sons. L’instrument a un registre plus grave que celui d’une trompette et plus élevé que celui du tuba. Sa forme allongée courbée comme un «S» est immédiatement reconnaissable; il est aussi de la même famille que l’euphonium et on l’entend dans de nombreux genres musicaux, de la musique classique au jazz, en passant par la salsa, le ska, le funk, la musique militaire, les orchestres d’harmonie et les fanfares.

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Pour bien entourer ces moments forts signés Lussier/Trudel et Valente, je proposerais pour commencer Serge Gainsbourg et sa composition Black Trombone (évocatrice, comme toujours avec le Serge première mouture) et un extrait du premier album de la tromboniste et euphoniste Shirley Ann Hoffmann, une canadienne exilée en Suisse qui a passé ses années d’apprentissage à user son instrument sur les planches du célèbre (et aujourd’hui disparu) Vieux Munich de Montréal. Pas besoin de vous présenter le morceau (un classique), mais goûtez-moi l’interprétation subtile et l’arrangement qui tourne autour de quelques notes de la ligne de basse.

The Carla Bley Band - The Lord Is Listenin’ To Ya, Hallelujah!

René Lussier - Lend’main d’veille

Serge Gainsbourg - Black Trombone

Shirley Ann Hoffmann - Over The Rainbow

Par le plus pur des hasards, je suis tombé sur une excellente interprétation d’un classique de Charlie Parker par un ensemble vocal français qui a fait sa marque dans les années 60: Les Double Six. La technique ‘vocalese’ (c’est à dire l’art de composer des paroles et de les chanter à la manière de solos instrumentaux enregistrés) n’a pas été inventée par Manhattan Transfer - bien que le groupe vocal s’est rendu célèbre avec une reprise mémorable du ‘Birdland’ de Weather Report - mais est plutôt une créature inventée par le critique de jazz Leonard Feather.

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Les Double Six ont connu une renommée internationale au début des années 60. L’ensemble de 6 choristes, mené par l’excellente Mimi Perrin, a fait mouche en reprenant avec beaucoup d’intelligence les grands standards du jazz, en vocalisant à la manière des instruments les meilleurs thèmes allant jusqu’à restituer sans la moindre onomatopée les plus brillantes improvisations. Les pièces de Quincy Jones, Dizzy Gillespie et Parker sont reprises avec brio par le sextuor vocal. Sans aucune autre raison que celle de vous les faire partager, voici ‘Scrapple from the Apple’ par son auteur et la même pièce par Les Double Six. Avant de l’oublier, je veux remercier le saxophoniste Yves Charuest, le batteur Michel Ratté et le claviériste Guillaume Dostaler (leur groupe s’appelait I Like Jazz) pour m’avoir fait vivre un moment unique un certain soir de Festival Off Jazz (première édition!) alors qu’ils ont livré une interprétation totalement punk du même chef d’oeuvre devant un auditoire clairsemé et complètement subjugué aux Foufounes Électriques. Les 3 déjantés m’avaient fait comprendre quelque chose de Charlie Parker

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3 albums ont été réédités en CD et sont, bien sûr, hautement recommandés par L’Homme Scalp:

“Les Double Six meet Quincy Jones” 
“Dizzy Gillespie & The Double Six of Paris”
“The Double Six Of Paris sing Ray Charles”.

Tant qu’à errer au pays du Soleil Levant (voir post d’hier), aussi bien y rester. Vous savez probablement que Björk était au ‘Vieux Porc’ de Montréal récemment pour étourdir les islandophiles de ses frasques surprenantes. Sachez qu’elle était accompagnée, au cours de sa tournée précédente, d’un artiste japonais remarquable appelé DOKAKA - dit le Juke Box humain - celui-là même qui a réinventé l’art du multipiste vocal. Je me demande encore ce qui est advenu du génial nippon chantant qui mériterait rien de moins qu’une vraie carrière. Jugez-en par vous-même !

Et puis, tiens… en bonus, voici une interprétation pas piquée des vers de ‘21CSM’, une pièce mythique du répertoire ‘prog-récif’ des années soixante-dix, par le biais du Roto Rooter Good Time Christmas Band, un orchestre de rue fermement décidé à rendre notre séjour sur terre plus agréable. Dans le premier (Doka) cas, je vous suggère de réduire considérablement le volume de vos hauts-parleurs (et croyez-moi, vous me remercierez!). Et dans le deuxième, je vous conseillerais plutôt de le grimper.

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