Jazz, Actuel, Improv


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Il y a 20 ans de cela, mes soirées de jeune homme étaient réservées à tous les samedis soirs. Non, pas de hockey à Radio-Canada, ni de coups de hanche au son de ‘Do The Hustle’ à la discothèque (une excellente alternative, j’en conviens). Je restais tranquillement chez moi en attendant la diffusion de NIGHT MUSIC, une émission de télévision permettant d’assister à des performances extraordinaires de musique populaire (dans le sens large et noble du terme) et des artistes les plus avant-gardistes de la scène musicale.

La programmation était l’affaire du légendaire producteur Hal Wilner, un homme reconnu pour son inclinaison vers le cross-over culturel et les grandes rencontres au sommet d’artistes majeurs (Bongwater accompagné par Bob Weir des Grateful Deads, Carla Bley, Steve Swallow et Karen Mantler pour accompagner Bootsy Collins, Conway Twitty avec les Residents comme vocalistes). Les commanditaires, estimant qu’ils ne vendaient pas assez de bière, ont tiré la plogue sur l’émission. J’en ai été réduit par la suite à regarder Normand Brathwaite faire son blues plate.

Un certain samedi de 1988, l’animateur David Sanborn annonce Ivo Papasov et son orchestre de mariage de la Bulgarie. Je suis tombé en bas de mon fauteuil, la gueule à terre! C’était mon premier contact avec la musique de ce pays et je vivais assurément un grand et heureux choc culturel. Le clarinettiste est un virtuose et son orchestre risque de vous scier en deux si vous n’avez pas encore été mis en contact ou confronté avec une telle complexité rythmique. Faites comme moi ce soir-là: baissez les bras et admirez. En cadeau, un extrait de son passage à Night Music et un autre de sa discographie sur étiquette Hannibal.

Ivo Papasov - Ivo’s Ruchenitsa

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L’idée était premièrement de réunir des musiciens de grand talent. Des gens qui sont des maîtres de leur instrument, mais qu’il est impossible de cantonner dans un style trop précis. À vrai dire, le genre de personnes que détestent les critiques paresseux collectionneurs de termes abusifs et vaseux (”le pape du jazz”, “le Miles de sa génération”, “le Pat Metheny de la musique actuelle”, vous voyez un peu le genre). Alors voilà : Ça s’est produit en 1987. Une rencontre étonnante entre les américains Henry Kaiser (guitare), John French (batterie) et les britanniques Fred Frith (guitare, basse, violon) et Richard Thompson (guitare). 2 albums (Live, Love, Larf & Loaf et Invisible Means) et une tournée américaine pour faire saliver les amateurs.

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Tous des musiciens accomplis, aux intérêts très divers (et à l’horaire chargé). Mais de véritables artistes, selon moi. Thompson a quelque peu réduit le penchant avant-gardiste des trois autres, mais a aussi par le fait même teinté le résultat final avec sa touche folk-rock et son humour très particulier. Amusant parfois (une reprise de Surfin’ USA) et la plupart du temps joué avec élégance et virtuosité (The Second Time), avec en prime des pièces qui nous ont permis de découvrir des cultures différentes (Hai Sai Oji-San de Shoukichi Kina).

French, Frith, Kaiser, Thompson - Lizard’s Tail

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L’Homme Scalp entreprend son pélerinage annuel au Festival de Musique Actuelle de Victoriaville pour assister à quelques unes des messes musicales qui y seront présentées.

John Zorn présentera “The Dreamers“, un projet “plus accessible” gravitant autour du compositeur et de ses passions pour les musiques exotica, surf, juives, jazz et film noir.

John Zorn ‘The Dreamers’ (en spectacle à Israel )

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Le vétéran victorien Fred Frith offre son nouveau projet intitulé “Cosa Brava“; le guitariste sera très bien entouré avec un groupe lui permettant d’évoluer à nouveau dans un contexte rock (Carla Kihlstedt, Zeena Parkins, Matthias Bossi).

Fred Frith ‘Cosa Brava’ (en spectacle à Venise)

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Le guitariste, chanteur et compositeur québécois René Lussier présente quant à lui une performance avec les platinistes Martin Tétreault et Otomo Yoshihide (du beau bruit et des moments de grâce à prévoir).

Otomo Yoshihide & Martin Tetreault

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Et pour clore la programmation, les britanniques Chris Cutler et Fred Frith nous font le cadeau du spectacle Art Bears Songbook; nous en pleurons déjà d’émotion!

Art Bears - Freedom (pièce de l’album The world as it is today)

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Officer! est un autre de ces innombrables OVNIs de la musique rock occidentale et l’album Ossification est toujours une rareté, quoique mes recherches m’apprennent que l’album paraîtra probablement cette année en ré-édition (telle est la rumeur au sein de la communauté bloguienne). De quoi s’agit-il?

Le groupe est un projet piloté par le britannique Mick Hobbs avec le concours d’une pléthore de musiciens et créateurs des États-Unis et de la Grande-Bretagne évoluant dans la sphère ‘musique actuelle‘, une planète de plus en plus large d’artistes dédiés à défoncer les barrières ou, moins prétentieusement, à faire simplement ce qu’ils ont envie de faire de façon auto-produite. Hobbs - bassiste, guitariste, percussionniste et musicien touche-à-tout - a fréquenté des artistes de la scène Canterbury et Rock In Opposition, en plus de produire du rock assez radical; il s’est ici entouré de Bill Gilonis (clarinette), Felix Fiedorowicz (basson), Andy Bole (guitare), Catherine Jauniaux (vocaliste extraordinaire), Tom Cora (violoncelliste de génie), Zeena Parkins (harpe électrique) et Georgie Born (violoncelle).

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L’album, enregistré en Angleterre et paru sur le label français AYAA en 1984, est un véritable petit bijou inclassable, un peu rock, un peu chanson, un peu folk, un peu électronique et tout ça à la fois. On peut parler de musique de pop bien ficelée, avec des arrangements allant de la musique de chambre au folk grano manière Incredible String Band. On s’attache rapidement à plusieurs pièces, dont celle-ci chantée par Judy Carter. Étrange, syncopée… et obsédante. Une frange toujours intéressante de la musique britannique.

Officer! - Anagrams


* La photo des membres du groupe The Work, Mick Hobbs est le 3ème à partir de la gauche.

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Ça s’est produit devant mes yeux, au 7ème Festival
International de Musique Actuelle de Victoriaville
en octobre 1989. Nous étions quelques centaines de spectateurs à attendre les yeux ouverts les artistes Iva Bittova et Pavel Fajt. Originaires de la République de Tchécoslovaquie (comme on l’appelait à cette époque), la violoniste et le percussionniste sont montés sur scène et ont offert une performance époustouflante de la musique issue de leur collaboration, une mixture audacieuse de rock moderne, de folklore gitan et slave.

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Le charme de Iva fut particulièrement dévastateur. Sa technique de violoniste est non seulement irréprochable, mais aussi très avant-gardiste; et cette voix pleine et riche ne se contentait pas de livrer des chants traditionnels, mais aussi de faire preuve d’un sens aigu de l’expression théâtrale. Bittova a mis tout son corps dans la performance. C’était… “in your face”!

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Soufflée, ébahie, la foule a réagi bruyamment avec une ovation toute aussi soutenue qu’elle était méritée. La violoniste est revenue quelques années plus tard avec le guitariste Vladimír Václavek avec qui elle a présenté les pièces du double album Bílé Inferno.

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Ça vaut la peine de partager avec vous ce que la violoniste appelle “son propre folklore personnel”… Voici en premier lieu, un extrait du film Step Across The Border écrit et réalisé par les documentaristes Nicolas Humbert et Werner Penzel qui ont illustré de façon brillante l’univers du guitariste anglais Fred Frith. La scène se passe dans une chambre d’hôtel à Bern en mars 1989. Fred écoute Pavel Fajt (guitare acoustique) et Iva Bittová (voix et violon). Une inter-relation simple et percutante entre deux formes d’expression artistique: la musique improvisée et le cinéma direct. La pièce s’appelle Morning Song. Ensuite, une pièce de la violoniste extraite de son premier album en solo Divna Slecinka.

Iva Bittova - Divna Slecinka

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Poursuivons avec CRO MAGNON. Et enfargeons-nous encore une fois dans une description réductrice de la musique produite ici par ces artistes belges: “musique de chambre urbaine avec influence folk“, qu’en dites-vous? Disons que je vous aurais normalement introduit plus doucement à la musique très particulière des compositeurs de ce côté-là de la musique moderne, mais il s’agira aujourd’hui d’une petite saucette.

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Si vous appréciez les compositions habiles et intelligentes de Art Zoyd, Univers Zéro et The Penguin Cafe Orchestra, Cro Magnon a ce qu’il vous faut en qualité, en finesse d’éxécution avec une touche d’humour qui rend le tout très comestible. On est définitivement dans un univers de musique classique, mais on est pas très loin du jazz, du folk et du rock. Pas de batterie, mais rythmiquement très fort.

Goûtez-moi ça!

Cro Magnon - Matonge

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