F. m’apprend comme ça l’air de rien la mort d’un de mes compositeurs préférés. Juste avant, on parlait du temps qu’il fait, du bruit médiatique et de nos petits bobos de santé. Et voilà qu’il m’envoie cette brume sans se rendre compte de l’effet que ça me ferait. Lars Hollmer est décédé à 60 ans le jour de Noël 2008.
Lars Hollmer est l’auteur des mélodies les plus craquantes qu’il m’ait été donné d’entendre. Musicien passionné et innovateur, il a insufflé de son énergie non seulement le monde de la musique rock scandinave, mais aussi celui des amoureux de la musique partout sur la planète. 40 ans de création musicale, de collaborations remarquables et de jams fructueux; Lars a abordé la musique en ses propres termes et il serait très hasardeux de tenter de le catégoriser dans les balises habituelles de la musique contemporaine).
Lars avait obtenu une reconnaissance plus large en Europe et en Amérique grâce à son projet Accordion Tribe (3 albums, 1 film encore inédit chez nous). Encore tout récemment, il tournait avec la Fanfare Pourpour entre Besancon, Bordeaux et la Suède en octobre 2008 pour jouer les pièces de son répertoire solo mises en valeur par les Québécois sur l’excellent Karusell Musik.
Je dois à la station CKRL* et à Fred Frith mon premier contact avec la haute voltige hollmérienne: la pièce « Harujanta » (de l’album Zamlanarama) servait d’intro au bulletin d’info de la station communautaire et Frith avait eu la bonne idée d’endisquer ses collaboration avec Étron Fou Leloublan et Von Zamla sur son album Gravity. Je suis passé rapidement à ses albums solos (qui demeurent mes préférés) après avoir survolé ses autres projets des années 70, de Samla Mammas Manna, Zamla Mammaz Manna, à Ramlösa Kvällar et Fem Söker En Skatt.
C’est définitivement en tant que compositeur qu’il m’a tout simplement ébloui avec Looping Home Orchestra (allez chez votre disquaire lui demander le fantastique compte-rendu sonore du concert de Victoriaville!) ou en solo (10 albums, de véritables perles!)
Fred Frith écrivait, en notes de pochette de la compilation The Siberian Circus, des mots très signifiants à propos de l’oeuvre de son ami de Upsalla:
« For a critic, the problem with Lars Hollmer’s music is that it doesn’t fit. To say it’s ‘progressive rock’ is about as useful as calling The Beatles a blues band or Stockhausen a silent movie pianist. And let’s be clear, this is-not-now-nor-has-it-ever-been Swedish folkmusic! We have to go deeper, avoid such strategies. Lars is not a strategic musician. Listen and you hear pictures-singing hymns in church, a frozen lake, a broken bicycle, kids game, innocence, sadness.
« Go deeper. Like Astor Piazzola, Lars Hollmer is a serious composer working in a popular traditional language and one who defines his own terms. His music is deceptively simple without being simplistic; childlike though not childish; familiar but never nostalgic. When you hear his melodies they become a part of you until you think you’ve known them all your life…
« Beyond that there is a passion, power, density, but the result is never pompous or clever. Even at its most extreme the music remains intimate and personal…
« Lasse’s enthousiasm gives way to the most eloquent expression of our inherant loneliness that I know of. This is no small gift. Innocence, sadness, a broken bicyle. Can any composer hope for more? »

Le problème avec la musique de Lars Hollmer, d’un point de vue critque, est qu’elle ne convient jamais ou qu’elle n’est jamais à sa place. Affirmer qu’il s’agit de rock progressif est aussi pertinent que de qualifier les Beatles de bluesmen ou Stockhausen de pianiste de film muet. Et soyons clair, ce n’est pas non plus (et ça ne sera jamais) de la musique folklorique suédoise! Nous devons creuser plus profondément et éviter de recourir à de telles stratégies. Lars n’est pas un musicien stratégique. Écoutez et vous « entendez des images » : des hymnes religieux à l’église, un lac gelé, une bicyclette cassée, des jeux d’enfants, l’innocence, la tristesse.
Allez plus profondément. Comme Astor Piazzola, Lars Hollmer est un compositeur sérieux qui se sert d’un language (musical) issu de la tradition populaire et qui définit ses propres termes. Sa musique est trompeusement simple sans être simpliste; sincère quoique non enfantine; familière mais jamais nostalgique. Quand vous entendez ses mélodies, elles deviennent une partie de vous jusqu’à donner l’impression que vous les avez connues toute votre vie (…)
Et par-dessus tout ça, on y retrouve passion, puissance et densité, mais le résultat n’est jamais pompeux ou sérieux. Même à son point le plus extrême, la musique demeure intime et personnelle (…)
L’enthousiasme de Lasse donne la voie à l’expression la plus éloquente de la solitude qu’il m’ait été donné de connaître, celle qui existe en chacun de nous. Et ce don est loin d’être ordinaire. Innocence, tristesse, une bicyclette cassée. Qu’est-ce qu’un compositeur peut espérer de plus ?
Fred Frith 1993
Avez-vous une petite demi-heure?
Voici en accompagnement de votre moment préféré, un montage de pièces composées et jouées par Lars Hollmer et quelques amis. Des morceaux parfois alambiqués, structurés de façon bizarre ou des mélodies à faire pleurer tellement c’est beau. Un montage de 30 minutes à écouter d’un trait. Pour les impatients, j’ai placé les morceaux dans un dossier compressé que vous pouvez traiter à votre guise pour vos archives.
Le menu :
Augustins Tema (de l’album Utsikter)
Utflykt Med Damcykel (de l’album Vendeltid)
En Slags Orfeo (de l’album Vill Du Höra Mer)
180 Sekunder Hemma (de l’album Vill Du Höra Mer)
Träumerei (de l’album Vandelmässa)
Endlich ein Zamba (de l’album XII Sibiriska Cyklar)
Eyeliner (de l’album Vendeltid)
Avlägsen Strandvals (de l’album XII Sibiriska Cyklar)
Boeves Psalm (de l’album XII Sibiriska Cyklar)
Vendeltid (de l’album Vendeltid)
Dä Ögon (de l’album Vandelmässa)
Sometime (de l’album Vandelmässa)
Montage – Pour Lars, bon voyage!
Compilation Lars Hollmer en 12 temps
En bonus:
Von Zamla – Harujanta
Von Zamla – Soon Series
Fanfare Pourpour – Inte Quanta
Une biographie étoffée et commentée de l’artiste se retrouve ici!
* pour référence, il y a un peu de LH quand François Pérusse parle de « Javv Scandinaze » dans sa parodie de la radio communautaire. (HS)