Inclassable


Un bon ami à moi – appelons simplement Daniel – avait coutume, pour me changer les idées et me divertir, de rappeler l’existence de son superbe voisin du dessus surnommé ‘monsieur Lalilala’ qui avait l’habitude de faire partager à tout le monde ses ablutions et ses visites à la toilette. Il s’installait sur le trône et pendant toute la durée de son éxécution y allait de chant sonore de son crû : une improvisation maladroite qu’on pourrait résumer ici par les phonèmes suivants : « LO-LI-LA-LA ! » « LO-LI…. LA-LAAAAA! » C’est pour lui rendre hommage que je vous demande de bien vouloir vous lever, mettre votre plus beau veston brun et chanter avec Eduard Khil .

AJOUT DU 30 MARS 2010 : Le titre original de la chanson est : « I Am Glad To Finally Be Home » ou « Я очень рад, ведь я, наконец, возвращаюсь домой » si votre russe est meilleur que le mien. Tout sur l’histoire de la chanson en cliquant ici.

Robert Stevie Moore s’active beaucoup sur les réseaux sociaux par les temps qui courent. J’espère qu’il en profite aussi pour ramasser un peu d’argent! Devenez adepte sur Facebook parce qu’il partage beaucoup de ses trouvailles et de ses chansons.

J’ai ramassé ceci aujourd’hui.



Une visite sur la page de Otis Fodder m’a fait atterrir dans le champ de Robert Stevie Moore. Cet homme est une véritable légende de la musique indépendante et a très certainement suscité des vocations en invitant ses amis cryptomusiciens à participer à ses projets et compilations sur cassette. Des centaines d’albums, des tonnes de collaborations, le respect de ses pairs, et surtout… un esprit libre.

J’hésite souvent à répondre quand on me demande qu’est-ce que j’écoute et quels sont mes styles de musique préférés. Et je viens de lire ceci. Une réponse de Robert Stevie Moore. J’adhère complètement à sa vision et à cette façon de considérer la chose.

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« What kind of music do you listen to these days? »

RSM: « There’s that question again. As has been the case for my entire life, it’s everything all the time. Back to back. Freeform radio in my head. I thought most intelligent beings’ tastes were also like this, but I guess I’m wrong. I’ve never locked into any set band or format or genre. Every day is different. Heck, every quarter-day. I have thousands of LPs and 45s, so that tells you something right there. A to Z. All eras, all extremes, in small doses. It’s really no big deal. Lately? Mahler. Of Montreal. Bowie’s Berlin trilogy. Speedeath metal. Tea for the Tillerman. Bethlehem & Contemporary labels ’50s west coast jazz. 1/2 japanese. James Brown ad infinitum. Sing along w/Mitch Miller. Crispy Ambulance and all things Factory/Hannett. Hookfoot. Jack Nitzsche’s St. Giles Cripplegate. Porter Wagoner. Shins. Lord Buckley. Moody Blues. The Fall. Piaf. Beatlegs. Tom & Jerry kiddie records. PiL. Ventures vs Shadows. Sparks and Roxy. Flatt ‘n Scruggs. »

« How can any serious music lover not aim for variety like this ? That’s why this entire last decade has reeked of el stinko to me, pure tunnel-vision mindset mindlessness, anything but genuine embrace for the history of authentic real music; target marketing for the mindless youth again… Destiny’s Child ? Who ? Justin ? Lil Bow Wow ? Fall Out Boy ??? Ha! Man, I don’t even wanna know about these modern « acts » anymore. Such disposable ice cream flavors of the week. Who’s buying it ? »

(extrait d’entrevue, BOMB Magazine no. 101, automne 2007)

Robert Stevie Moore – Puttin’ Up the Groceries

Robert Stevie Moore – Don’t Let Me Go to the Dogs

Robert Stevie Moore – Play Myself Some Music

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Je le savais. J’en étais sûr. Patrick Watson est un musicien et compositeur de talent. Il m’a soufflé à plusieurs reprises, particulièrement au Festival d’Été de Québec où il a mis dans sa petite poche une foule bigarrée composée de vacanciers, de badauds, de spectateurs sur le partys et – ici et là – de fans de l’artiste. Les critiques et le milieu médiatique attendaient de lui qu’il reprenne les idées abordées dans son album Close To Paradise. Je ne fais pas partie de ceux-là. Je le sentais capable de grandes choses. Et je dois vous dire qu’il faudra compter sur lui à partir de maintenant avec la sortie de Wooden Arms.

Plutôt que de s’en tenir à des arpèges pianistiques répétitifs (voire glassiens), Watson a choisi de fouiller de façon approfondie son imaginaire musical et a mis sur la table des influences et une topographie sonore dignes de l’oeuvre de Tom Waits [percussions balinaises, sens de l'arrangement, attitude de chef d'orchestre, beaucoup d'espace créatif laissé à ses accompagnateurs]. Un album très réussi et très chaudement recommandé par L’Homme Scalp.

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Patrick Watson – Big Bird In A Small Cage

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Depuis un certain temps – et pour une raison qui demeure à ce jour inconnue – les astres sont alignés autour du classique The Sound of Music :

  • Mademoiselle B. en a joué quelques extraits à son cours de violon (c’était cute!)
  • Quelques semaines plus tard, voilà-t-y pas que je me réveille avec en tête la chanson ‘Eidelwess’ (Dieu sait à quel point ce genre de situation est obsédante pour un mélomane compulsif!)
  • Pendant la période du congé pascal, quelques membres de ma famille et de ma belle-famille se sont rendus costumés au Petit-Champlain pour aller visionner le film et en profiter pour chanter les airs qui l’ont rendu célèbre dans le cadre d’un spectacle karaoké géant intitulé ‘Chante toi Aussi La Mélodie du Bonheur’ (un moment de plaisir jubilatoire, paraît-il)
  • Pour couronner le tout, pas plus tard que dimanche dernier, madame R. m’a aiguillonné sur cet extraordinaire évènement qui s’est produit à la gare d’Anvers. Pas mal plus intéressant que les séances de Freeze Frame collectif à Place Laurier, ça!

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F. m’apprend comme ça l’air de rien la mort d’un de mes compositeurs préférés. Juste avant, on parlait du temps qu’il fait, du bruit médiatique et de nos petits bobos de santé. Et voilà qu’il m’envoie cette brume sans se rendre compte de l’effet que ça me ferait. Lars Hollmer est décédé à 60 ans le jour de Noël 2008.

Lars Hollmer est l’auteur des mélodies les plus craquantes qu’il m’ait été donné d’entendre. Musicien passionné et innovateur, il a insufflé de son énergie non seulement le monde de la musique rock scandinave, mais aussi celui des amoureux de la musique partout sur la planète. 40 ans de création musicale, de collaborations remarquables et de jams fructueux; Lars a abordé la musique en ses propres termes et il serait très hasardeux de tenter de le catégoriser dans les balises habituelles de la musique contemporaine).

Lars avait obtenu une reconnaissance plus large en Europe et en Amérique grâce à son projet Accordion Tribe (3 albums, 1 film encore inédit chez nous). Encore tout récemment, il tournait avec la Fanfare Pourpour entre Besancon, Bordeaux et la Suède en octobre 2008 pour jouer les pièces de son répertoire solo mises en valeur par les Québécois sur l’excellent Karusell Musik.

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Je dois à la station CKRL* et à Fred Frith mon premier contact avec la haute voltige hollmérienne: la pièce « Harujanta » (de l’album Zamlanarama) servait d’intro au bulletin d’info de la station communautaire et Frith avait eu la bonne idée d’endisquer ses collaboration avec Étron Fou Leloublan et Von Zamla sur son album Gravity. Je suis passé rapidement à ses albums solos (qui demeurent mes préférés) après avoir survolé ses autres projets des années 70, de Samla Mammas Manna, Zamla Mammaz Manna, à Ramlösa Kvällar et Fem Söker En Skatt.

C’est définitivement en tant que compositeur qu’il m’a tout simplement ébloui avec Looping Home Orchestra (allez chez votre disquaire lui demander le fantastique compte-rendu sonore du concert de Victoriaville!) ou en solo (10 albums, de véritables perles!)

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Fred Frith écrivait, en notes de pochette de la compilation The Siberian Circus, des mots très signifiants à propos de l’oeuvre de son ami de Upsalla:


« For a critic, the problem with Lars Hollmer’s music is that it doesn’t fit. To say it’s ‘progressive rock’ is about as useful as calling The Beatles a blues band or Stockhausen a silent movie pianist. And let’s be clear, this is-not-now-nor-has-it-ever-been Swedish folkmusic! We have to go deeper, avoid such strategies. Lars is not a strategic musician. Listen and you hear pictures-singing hymns in church, a frozen lake, a broken bicycle, kids game, innocence, sadness.

« Go deeper. Like Astor Piazzola, Lars Hollmer is a serious composer working in a popular traditional language and one who defines his own terms. His music is deceptively simple without being simplistic; childlike though not childish; familiar but never nostalgic. When you hear his melodies they become a part of you until you think you’ve known them all your life…

« Beyond that there is a passion, power, density, but the result is never pompous or clever. Even at its most extreme the music remains intimate and personal…

« Lasse’s enthousiasm gives way to the most eloquent expression of our inherant loneliness that I know of. This is no small gift. Innocence, sadness, a broken bicyle. Can any composer hope for more? »

 

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Le problème avec la musique de Lars Hollmer, d’un point de vue critque, est qu’elle ne convient jamais ou qu’elle n’est jamais à sa place. Affirmer qu’il s’agit de rock progressif est aussi pertinent que de qualifier les Beatles de bluesmen ou Stockhausen de pianiste de film muet. Et soyons clair, ce n’est pas non plus (et ça ne sera jamais) de la musique folklorique suédoise! Nous devons creuser plus profondément et éviter de recourir à de telles stratégies. Lars n’est pas un musicien stratégique. Écoutez et vous « entendez des images » : des hymnes religieux à l’église, un lac gelé, une bicyclette cassée, des jeux d’enfants, l’innocence, la tristesse.

Allez plus profondément. Comme Astor Piazzola, Lars Hollmer est un compositeur sérieux qui se sert d’un language (musical) issu de la tradition populaire et qui définit ses propres termes. Sa musique est trompeusement simple sans être simpliste; sincère quoique non enfantine; familière mais jamais nostalgique. Quand vous entendez ses mélodies, elles deviennent une partie de vous jusqu’à donner l’impression que vous les avez connues toute votre vie (…)

Et par-dessus tout ça, on y retrouve passion, puissance et densité, mais le résultat n’est jamais pompeux ou sérieux. Même à son point le plus extrême, la musique demeure intime et personnelle (…)

L’enthousiasme de Lasse donne la voie à l’expression la plus éloquente de la solitude qu’il m’ait été donné de connaître, celle qui existe en chacun de nous. Et ce don est loin d’être ordinaire. Innocence, tristesse, une bicyclette cassée. Qu’est-ce qu’un compositeur peut espérer de plus ?

Fred Frith 1993

Avez-vous une petite demi-heure?

Voici en accompagnement de votre moment préféré, un montage de pièces composées et jouées par Lars Hollmer et quelques amis. Des morceaux parfois alambiqués, structurés de façon bizarre ou des mélodies à faire pleurer tellement c’est beau. Un montage de 30 minutes à écouter d’un trait. Pour les impatients, j’ai placé les morceaux dans un dossier compressé que vous pouvez traiter à votre guise pour vos archives.

Le menu :

Augustins Tema (de l’album Utsikter)
Utflykt Med Damcykel (de l’album Vendeltid)
En Slags Orfeo (de l’album Vill Du Höra Mer)
180 Sekunder Hemma (de l’album Vill Du Höra Mer)
Träumerei (de l’album Vandelmässa)
Endlich ein Zamba (de l’album XII Sibiriska Cyklar)
Eyeliner (de l’album Vendeltid)
Avlägsen Strandvals (de l’album XII Sibiriska Cyklar)
Boeves Psalm (de l’album XII Sibiriska Cyklar)
Vendeltid (de l’album Vendeltid)
Dä Ögon (de l’album Vandelmässa)
Sometime (de l’album Vandelmässa)

 

Montage – Pour Lars, bon voyage!

Compilation Lars Hollmer en 12 temps

En bonus:

Von Zamla – Harujanta

Von Zamla – Soon Series

Fanfare Pourpour – Inte Quanta

Une biographie étoffée et commentée de l’artiste se retrouve ici!

* pour référence, il y a un peu de LH quand François Pérusse parle de « Javv Scandinaze » dans sa parodie de la radio communautaire. (HS)

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Définitivement la chanson la plus ennuyante de mes jeunes années. Je ne pouvais l’endurer en 1992 et un quart de siècle plus tard, What’s Up des 4 Non Blondes est toujours aussi insupportable. Ceci dit, puisqu’il faut parfois mettre sa foi à l’épreuve, résistez à la tentation de passer votre chemin et jetez une oreille à l’interprétation vivifiante et hallucinée qu’en fait Joe Newman, alias Rudy Schwartz, sur son album Günther Packs a Stiffy paru en 1995. Newman en a, comment dirais-je, extrait la substantifique moëlle*. Tant qu’à mourir en entendant ce genre de chose, aussi bien vous rincer le cerveau comme il faut. Ramassez l’album s’il vous tombe sous la main, en passant.

Stupidity is your best entertainment value. Why not purchase some today?

* N’en pouvant plus du courant idéologique en cours aux États-Unis, Joe Newman a pris la décision de quitter pour le Canada aussitôt après la réélection de George W. Bush. Qu’en est-il de son oeuvre sarcastique et débordante de cynisme ? À suivre.

Four Non Blondes – What’s Up

Rudy Schwartz Project – What’s Up

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Vous êtes devenus, à la suite de plusieurs milliers d’années de conditionnement et de civilisation, une personne du monde, un être humain bien élevé. Mais avouez que c’est plus fort que vous: l’enfant en vous n’a jamais pu se résoudre à ne pas jouer avec la nourriture. C’est un plaisir tactile inoubliable. Apprenez qu’à Vienne, un groupe de musiciens et de musiciennes ont décidé, sans demander la permission à qui que ce soit, de former un ensemble dédié à la création et à l’interprétation de pièces musicales à partir de légumes!

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Le Vienna Vegetable Orchestra. C’est bon pour la santé, paraît-il. Voilà une proposition originale et inventive qui mérite toute notre attention. Trois pièces et un documentaire vidéo sur le processus de création. Remarquez la version plus que judicieuse d’un classique de Kraftwerk « Radioactivitat » – en plus organique, disons.

Vienna Vegetable Orchestra – Stoik

Vienna Vegetable Orchestra – Greenhouse

Vienna Vegetable Orchestra – Radioactivitat



* Call Any Vegetable (Frank Zappa – Absolutely Free)

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