Hawaiien


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Poursuivons notre route en maintenant cette approche apaisante. Vous ai-je fait part de mon désarroi devant l’attitude condescendante adoptée par mes contemporains lorsqu’ils sont exposés à la musique hawaïenne? L’autre jour, alors que je m’esbaudissais emphatiquement sur les prouesses du Ukulele Club de Paris (voir l’article et les réactions à ce sujet), un collègue de travail a affiché un sourire quelque peu douteux avant de me lancer sans trop réfléchir : “Ah oui, la musique hawaïenne… c’est bien celle qu’on entend dans les films d’Elvis Presley, n’est-ce-pas?”. Je l’ai épargné, mais je me retenais à peine de lui asséner un discours appuyé sur la qualité et le respect élémentaire envers la culture et la musique des Îles.

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La musique hawaïenne, quelque soit sa déclinaison, charme à tout coup avec son célèbre glissando qui fait sourire et est devenu sa marque de commerce. Mais il faut la respecter, surtout si on met en rapport la petitesse de l’état américain d’où elle provient et la richesse culturelle qu’elle représente. Pour comprendre son extraordinaire héritage, on doit tenir compte de la musique folk traditionnelle dans son essence même: une large variété de chants et de musiques destinés à des danses hautement ritualisées appelées hula. Elle sert à exprimer le bonheur, la joie, l’adoration divine, communiquer la généalogie, la mythologie, accompagner les jeux et les fêtes.

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Il existe peu de mots précis dans la langue hawaïenne pour expliquer la musique à proprement parler, mais le vocabulaire devient élaboré quand vient le temps de parler du rythme, des instruments, des styles et de la production vocale. La musique hawaïenne est simple melodiquement et rythmiquement, mais est riche et complexe dans sa poésie et dans la subtilité des styles vocaux. Elle s’est considérablement transformée par acculturation quand les non-hawaïens ont commencé à arriver sur l’île: les cowboys mexicains parlant espagnols auraient fortement influencé la création musicale (notamment par l’introduction de certains instruments à cordes et possiblement aussi par le chant falsetto) et les Portugais auraient aussi mis du leur en apportant le braguinha, un petit instrument à 4 cordes, précurseur du ukulele.

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Je vais un jour vous plonger dans le bain avec une compilation de mon crû, mais en attendant voici deux musiciens extraordinaires, grands pratiquants de la technique Slack Key Guitar: Bob Brozman - un américain à qui je dois mon intérêt approfondi pour le genre musical et un guitariste de génie - et Cyril Pahinui, fils du légendaire Gabby Pahinui, de qui il a repris l’héritage en perpétuant la tradition musicale honolulienne. La pièce Coquette provient de leur album Four Hands Sweet And Hot et je vous défie de conserver toute trace de mauvaise humeur après avoir écouté ça.

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Cyril Pahinui et Bob Brozman - Coquette

         

“Il est né il y a plus d’un siècle; bien qu’il fait penser à un jouet et malgré son apparence de guitare miniature, l’ukulélé réunit à lui seul et sous un faible volume tous les rêves exotiques de paradis terrestre”. *

Après l’avoir entendu sur nombre de vieux albums, de 78 tours, joué par d’innombrables fantaisistes de la scène et du cinéma, je n’ai véritablement craqué pour l’ukulélé qu’après avoir entendu Tiny Tim interpréter ‘I Got You Babe’; armé d’un seul et ridicule petit instrument, le très étrange troubadour des années 60 livrait de sa voix haut perchée le double discours ô combien fromagé de Sonny and Cher!

Mon deuxième coup de coeur est venu de Joseph Racaille et de Cyril Lefebvre; les deux comparses, après plusieurs aventures électrifiées, électronifiées ou pas (ZNR, Video Aventure) ont offert chacun leur tour de véritables trésors d’albums dédiés à la musique oubliée, bien qu’inoubliable.

Ensuite Bob Brozman s’est occupé d’allumer le feu et d’entretenir ma passion pour la musique des îles. À la suite d’une conversation avec le guitariste américain - installé en résidence à Québec pour la tenue de plusieurs soirées passionnante avec René Lacaille dans le cadre du Festival d’Été - j’ai appris de la bouche de Brozman l’étonnante théorie selon laquelle la musique des pays occidentaux (et impérialistes) avait été créée pour aider les soldats à garder le pas (en langage musical, on parle d’un tempo 4/4, 1-2-3-4 et on recommence), alors que les musiciens insulaires du sud avaient inventé le contre-temps, un tempo issu d’une musique qu’il qualifiait de ‘défensive’ étant donné la nature même de leur pays conquis.  En bon ethno-musicologue qu’il est et pour illustrer son propos, Brozman tapait des mains sur sa poitrine ou martelait de ses doigts le charango, un petit instrument bolivien à 10 cordes.

Il faut aussi souligner l’univers des néotraditionnalistes comme Robert Crumb et ses Cheap Suits Serenaders, Les Primitifs du Futurs et tout récemment le Ukulele Club de Paris. Ces derniers offrent d’ailleurs un environnement musical totalement enivrant et dépaysant, bien que très instructif pour les mélomanes aventureux. Tous issus d’univers mélodiques distincts et éclectiques, Dominic Cravic (guitariste d’Henri Salvador et de Pierre Barouh), Cyril Lefebvre, Fay Lovsky (une artiste accomplie des Pays-Bas), Silvano Michelino, Joseph Racaille (accompagnateur d’Arthur H), Pierre Sangra, Bradney Scott (bassiste d’Arthur H et de J. Racaille) et Tony Truant (guitariste des Wampas) écument les scènes européennes avec les chansons de leur album Manuïa et autres pièces du répertoire traditionnel des années 30 et 40.

                               

** “Longtemps indissociable de la légèreté facétieuse et du décor tropical en faux-semblant des vaudevilles hollywoodiens, l’ukulélé a été boudé, voire méprisé au cours de ces dernières années… Pourtant, petit et maniable, joli autant que modeste, aisément transportable, tout à la fois facile à jouer et digne des plus grandes virtuosités malgré ses quatre cordes et ses quelques frettes, l’ukulélé ne devait-il pas redevenir l’instrument moderne par excellence? De fait, fétiche du renouveau culturel des peuples maoris, chemise aloha en bannière du Tiki Art, arme absolue de la dérision musicale, il effectue aujourd’hui un come-back retentissant…”

Voici 4 pièces extraites de l’album Manuia du Ukulele Club de Paris. La dernière est probablement un hommage à Penguin Cafe Orchestra…

Ma princesse des mers du sud

Java javanaise

Chigadaging

Manchot rade septet

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 * celle-là, bien trouvé provient du site web du Ukulele Club de Paris!

** texte de présentation du site MySpace du Ukulele Club de Paris.

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