Francophone


Les Charbonniers de l’Enfer ont présenté pour une dernière fois le spectacle de la tournée À La Grâce de Dieu au Petit Champlain hier soir. Michel Bordeleau, Michel Faubert, André Marchand, Jean-Claude Mirandette et Normand Miron ont dispersé encore une fois une énergie communicative, des chansons éternelles issues d’un répertoire qui, sans être géographiquement très éloigné, provient parfois du fond des âges.

Le tour de piste des 5 gars en chemise noire est devenu, au fil des ans, un train pas arrêtable, un concentré puissant, un exutoire rythmique et un coffre au trésor inépuisable de gros fun noir. Et pour les avoir vus à quelques reprises depuis la fondation de l’ensemble, personne ne peut leur résister. Les Charbonniers ont puisé dans le répertoire de leur 3 albums studio (en plus de souligner leur récente collaboration avec Gilles Vigneault) pour en ressortir la substantifique moelle, des pièces irrésistibles et surtout, un vocabulaire riche et mystérieux. J’ai toujours le goût de leur demander plus d’explications; en même temps j’aime ne pas savoir et laisser pénétrer dans mes oreilles la richesse phonétique de certaines de leurs propositions.

J’ai dit : wô wô wô Farondine
Tique taque Farlatine
J’ai dit : wô wô wô Farandon
La guillebon

Diguediguediguedin
caramor amaricain carama tourmor
Luré l’enfant tout ci tout ça
Sur la ligne du moulin
Sur la meule du moulin
Sanctour lourlour

Et je viens d’apprendre que Michel Bordeleau, André Marchand et Normand Miron comptent mettre en marche les Mononcles, un projet prometteur autour du répertoire traditionnel du début du XXe siècle, avec un zeste de swing. J’en ai déjà le petit oeil mouillé.

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“Pour discuter vocabulaire, faut commencer par être vivant” (Richard Desjardins)

René Lussier a composé - je vous en parlais récemment ici - la musique du Moulin à images d’Ex Machina. Les plus curieux savent que le compositeur roule sa bosse depuis 30 ans dans le monde de la musique vivante et improvisée. Son nom a été associé à Conventum, Chants et Danses du Monde Inanimé, les 4 guitaristes de L’Apocalypse-Bar, Les Granules, Jean Derome et les Dangereux Zhoms, Les patenteux du Québec, La vie qui bat, Patrice Desbiens et les Moyens du Bord, ainsi qu’un gros paquet de productions de l’Office National du Film. Au fil de ses voyages et participations, il a collaboré - à titre de compositeur ou d’interprète - aux projets de plusieurs musiciens de partout à travers le monde, entre autres avec Chris Cutler, Fred Frith, Tom Cora, John Zorn, Eugene Chadbourne, la liste est longue.

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Le Trésor de la Langue est, de l’avis de plusieurs critiques, une oeuvre considérable et probablement sa plus achevée. Dès 1986, René Lussier commençait à réfléchir à un projet mêlant la musique et la langue parlée, un projet dans lequel la musique serait déterminée par la parole. Désireux de d’éviter le piège de la mise en scène, de faire parler autant les gens ordinaires que les grands acteurs de la société québécoise, il entreprend - à bord du French Spirit (une voiture dont le tuyau d’échappement passe par l’intérieur) - l’audacieux projet de colliger des extraits parlés, des bouts d’entrevues menées un peu partout au Québec et des documents d’archives audios qui serviront de matériaux de base pour le travail acharné qui en découlera par la suite. Chaque mot, chaque timbre, chaque accent, chaque inflexion, chaque respiration ou chaque silence ont été transposés, calqués ou notés pour devenir le vocabulaire musical du compositeur.

Une version écourtée du Trésor de la Langue a été diffusée sur les ondes de Radio-Canada; la Communauté des radios publiques de langue française lui décernait en mars 1989 le Prix Paul Gilson qu’aucun Canadien n’avait remporté depuis 20 ans. En 1992, le Festival International de Musique Actuelle de Victoriaville a invité Lussier à transposer son oeuvre sur scène, ce qui amènera de nombreux autres concerts ici et en Europe, dont quelques-uns sont documentés par le film de Fernand Bélanger, Le trésor archange.

René Lussier - Vestibule

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Ils n’auraient pu faire carrière très longtemps avec leur nom d’origine. Les fabricants d’affiche, des gens qui n’ont pas de temps à perdre, se seraient peut-être bidonné en inscrivant le Quatuor vocal des Compagnons de Route sur la programmation des salles de spectacles. Mais dites-vous qu’ils se sont probablement dilaté la rate encore plus en entendant les chansons tout à fait renversantes des mieux-nommés Les Quatre Barbus.

Le groupe vocal français, dont le style rappelle celui des illustres Frères Jacques, interprète principalement des chansons traditionnelles, des chansons paillardes (des versions expurgées pour le commerce, et des versions non-expurgées sous le manteau) ainsi que des adaptations de musique classique détournées (un peu à la manière du jazz vocal, les arrangeurs reprennent les thèmes et la mélodie en y ajoutant des paroles de leur crû) dont le meilleur exemple est sans contredit leur fameux succès La pince à linge sur la 5e symphonie de Beethoven.

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Les 4 barbus étaient Jacques Tritsch (basse), Marcel Quinton (baryton), Pierre Jamet (ténor) et Georges Thibaut (contreténor). Aussi incroyable que ça puisse paraître, à l’exception d’un superbe coffret-double paru en 1997, rien de la vaste discographie du groupe n’a été réédité. Extrait de la dite compilation, voici une pièce plutôt rare (parue seulement en 45-tours) aux accents gogo-jazz-orgue-sexy. Les paroles sont superbes.

Les Quatre Barbus - Les casse-paix

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Les anglo-saxons emploient “to jam” pour désigner l’action de musiciens qui s’assemblent pour produire de la musique improvisée. Les Français - qui croient à tort que leur parler vernaculaire est celui de toute la francophonie - utilisent plutôt “faire un boeuf” et, dans le vocabulaire du monde de la boucherie, cette dernière expression est la définition même du verbe “jambonner“. Intéressant, n’est-ce pas? Ça l’est d’autant plus quand on sait que cette érudition toute charcutière explique pourquoi Philippe, Laurent, Mathieu, Jérôme, Guillaume, Gilou, Sébastien, Michel, Thierry, Dom, Eric et Bébert, tous originaires de Nantes, se sont succédés pour former Les Jambons.

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Le groupe humoristique s’est produit plus de 800 fois sur une multitude de scènes et ont sillonné la France, la Belgique, la Suisse et le Québec avec un genre qui s’apparente à celui des tout aussi hilarants VRP. Musicalement, Les Jambons ont emprunté à tous les styles qui leur tombaient sous la main et qui pouvaient servir leur propos: ils se sont réclamés de James Brown, Django Reinhardt, Georges Brassens, Mike Brant, AC/DC ou même d’Alan Stivell. L’instrumentation passait du traditionnel (basse, guitare classique, caisse claire, harmonica) au plus hétéroclite (section de cuivres remplacée par du kazoo, contrebassine, batterie de cuisine.

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Les textes méritaient qu’on s’y arrête et ont fait de leurs trois albums de véritables trésors (jeux de mot subtils, humour noir, satiriques attaques contre le monde de la grande distribution, de la restauration rapide, des médias et de la politique, récits cyniques de la vie quotidienne). “Tout le monde est en plastique” est paru en 1996; “Moderne” en 2000 et “Twist Yéyé” en 2002 dont j’ai extrait ici une pièce qui résume bien le caractère résolument bédé de leur approche. S’ils me lisent, merci Jambons pour le magnifique concert de Québec au Petit Champlain. J’en ris encore.

petit à petit j’ai appris
à faire un peu gaffe à mon style
mes journées se passent dans un costume
deux pièces-cravate un style très pur
qui me donne fière allure
veste beige, pantalon bleu, chemise rose et cravate jaune

Jambons - La honte

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Chaque nouvelle parution des Primitifs du Futur est accueillie comme une bénédiction et avec une joie sans borne par l’Homme Scalp. Les fondateurs de l’orchestre ont décidé d’auto-catégoriser leur projet dans le registre World Musette. Et cette idée de “musette mondiale” fonctionne à merveille. Parce qu’elle marque le caractère cosmopolite des musiques populaires qui s’enroulèrent autrefois autour du musette dans le Paris canaille des années trente. On peut ainsi trouver dans leurs valises un fox musette, une rumba, un tango, deux blues, une java viennoise et quelques valses.

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Les membres des Primitifs sont Fay Lovsky, Daniel Colin, Daniel Huck, Jean-Michel Davis, Jean-Philippe Viret et Bertrand Auger. Mais d’autres musiciens interviennent : Jean-Jacques Milteau, Didier Roussin, Patrick Tandin, mais aussi l’écrivain Marc-Édouard Nabe et le dessinateur Robert Crumb qui joue du banjo et de la mandoline et signe les pochettes des disques des Primitifs. Auteurs, musiciens, techniciens, poètes, les saltimbanques sont réunis par Dominique Cravic pour un répertoire Parisiano-Jazzistique, imaginaire et réaliste à la fois. Ils traitent de la culture populaire, d’hier et d’aujourd’hui en la regardant droit dans les yeux. Leur swing est tout simplement irrésistible. Il y a du bonheur, de l’ironie et une bonne humeur corrosive, là-dedans.

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Malgré son caractère en apparence vieillot, c’est un univers que doivent absolument connaître les plus jeunes. Tout un pan de la culture populaire française envoyé avec simplicité, humour et une virtuosité décapante. Guitares (beaucoup!), ukulele, scie musicale, thérémine, accordéon, bandonéon, xylophone, vibraphone, harmonica, cuivres, contrebasse, joués par des gens sincères et totalement dédiés à leur art et au plaisir de le transmettre. Une tribu de musiciens branchés sur le jazz, la java, les bandes dessinées, l’esprit français, pris dans son sens le plus positif, héritage des immigrés italiens et de l’Auvergne.

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“Allez chercher dans le passé! Tout le futur est là pour vous faire danser…”

Les Primitifs du Futur - Dalinette

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Je vous ai déjà dit tout le bien que je pense de lui. Toujours charmant, toujours pertinent. Et comment ne pas être d’accord avec ce qu’il raconte?

Joseph Racaille - Nous sommes des animaux

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Dire de Plume Latraverse (né Michel) qu’il “a fondé à la fin des années 1960, en collaboration avec Pierre Léger, dit Pierrot le fou, et Pierre Landry, dit le docteur Landry, le groupe la Sainte-Trinité” n’est pas assez. Poursuivre en précisant qu’il “s’est associé ensuite à Steve ‘Cassonade’ Faulkner entre 1972 et 1975 et que le duo s’est produit pour la dernière fois à la Chant’Août de Québec” est tout aussi insuffisant. Et s’en tenir, tel un biographe méticuleux, à affirmer qu’il “a entrepris une carrière solo en 1976 et qu’il est devenu l’un des représentants les plus significatifs de la contre-culture québécoise” ne permet pas vraiment de circonscrire l’oeuvre considérable de l’artiste.

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Comme le clamait un ami chroniqueur, il faudra rendre hommage à ce grand poète et lui consacrer des funérailles nationales le jour de sa mort. L’auteur-compositeur-interprète échappe aux modes et à toute classification. Il a été qualifié tour à tour de rocker, chansonnier et même de fantaisiste. Dès son tout premier album en solo, Plume Latraverse a détonné dans le paysage musical, mais ses chansons correspondaient au sentiment iconoclaste qui habitait une grande partie de la jeunesse urbaine qui n’avait pas du tout le goût ou l’opportunité de se réfugier à la campagne, comme le voulait le cliché granola qui prévalait dans la première moitié des années 70.

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L’histoire discographique de Plume est assez étoffée et mériterait plus d’un article. Précisons qu’au début des années 90 - après avoir gardé un prudent contrôle de ses propres enregistrements - il a amorcé la réédition CD de son catalogue de chansons avec le premier d’une série d’albums intitulés “Le lour passé de Plume Latraverse” en plus de faire paraître un disque compact rempli de pièces inédites “Chansons pour toutes sortes de monde” duquel j’ai extrait la pièce suivante, très amusante et descriptive d’un excellent conteur et observateur de la condition humaine. Remarquez - encore une fois et c’est un fait mal connu à propos de l’oeuvre de l’oncle Pluplu - qu’il écrit ses textes en vers et en pieds. Trouvez-moi quelqu’un qui fait ça aujourd’hui au sein de la “colonie artistique” québécoise.

Plume Latraverse - Chatte de daure

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Vous êtes vous remis de vos émotions après les Frères Brosse? On est vraiment dans des affaires poussiéreuses soixante-dizardes ces derniers jours… ce n’est pas par nostalgie, je vous jure. Tant qu’à plonger, plongeons encore. Connaissez-vous Pierre Leith? Probablement pas. Originaire de Laprairie, le gars a pourtant mené son bonhomme de chemin depuis le milieu des années 1960, dans les salles de danse avant d’entreprendre une véritable carrière d’auteur-compositeur-interprète sous le nom de scène Capitaine Nô. Avec sa guitare et son harmonica, il est devenu une vedette de l’underground avec un style crû et des refrains vraiment accrocheurs et des chansons lucides et drôles sur les travers de la société et la difficulté de vivre. Un rock blues relativement inédit au Québec à cette époque où le granole était roi.

Les célèbres chansons Personne ne m’aime, Baloney et La Gaspésie sont, comme dirait la formule consacrée “incontournables”. Pour ma part, c’est avec celle-ci qu’il a définitivement imprimé mon cerveau. Hautement recommandée pour vos amis français qui désirent parfaire leur prononciation québécoise. Rien de plus urbain sale et authentique.

Ca ressemble à une droite sur la mâchoire qu’on encaisse malgré tout avec le sourire… (Gaétan Chabot, Dimanche Matin 31 aout 1975)

Quel rapport avec la Fête du Canada aujourd’hui, me dites-vous? Aucun.

Capitaine Nô - André

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