Les Charbonniers de l’Enfer ont présenté pour une dernière fois le spectacle de la tournée À La Grâce de Dieu au Petit Champlain hier soir. Michel Bordeleau, Michel Faubert, André Marchand, Jean-Claude Mirandette et Normand Miron ont dispersé encore une fois une énergie communicative, des chansons éternelles issues d’un répertoire qui, sans être géographiquement très éloigné, provient parfois du fond des âges.
Le tour de piste des 5 gars en chemise noire est devenu, au fil des ans, un train pas arrêtable, un concentré puissant, un exutoire rythmique et un coffre au trésor inépuisable de gros fun noir. Et pour les avoir vus à quelques reprises depuis la fondation de l’ensemble, personne ne peut leur résister. Les Charbonniers ont puisé dans le répertoire de leur 3 albums studio (en plus de souligner leur récente collaboration avec Gilles Vigneault) pour en ressortir la substantifique moelle, des pièces irrésistibles et surtout, un vocabulaire riche et mystérieux. J’ai toujours le goût de leur demander plus d’explications; en même temps j’aime ne pas savoir et laisser pénétrer dans mes oreilles la richesse phonétique de certaines de leurs propositions.
J’ai dit : wô wô wô Farondine
Tique taque Farlatine
J’ai dit : wô wô wô Farandon
La guillebon
Diguediguediguedin
caramor amaricain carama tourmor
Luré l’enfant tout ci tout ça
Sur la ligne du moulin
Sur la meule du moulin
Sanctour lourlour
Et je viens d’apprendre que Michel Bordeleau, André Marchand et Normand Miron comptent mettre en marche les Mononcles, un projet prometteur autour du répertoire traditionnel du début du XXe siècle, avec un zeste de swing. J’en ai déjà le petit oeil mouillé.
La campagne électorale a donné les résultats que l’on sait aux États-Unis. Et franchement, mesdames et messieurs, mettons-nous à la place de ces pauvres militants démocrates et républicains qui ont travaillé sans relâche pour faire élire leur candidat, mettant parfois en péril leur santé en mangeant soir après soir du petit poulet, des clubs sandwichs en triangle, des patates frites et autres expédients propres à faire enfler la bedaine. Il est donc recommandé de se refaire une santé. Et pour ça, il faudra se rendre à l’autre bout du monde et suivre le fameux régime Okinawa.
Les Okinawaïens sont connus pour leur longévité légendaire. On retrouve dans cette partie du pays 5 fois plus de centenaires que partout ailleurs au Japon. L’alimentation des insulaires est faible en gras, en sel et est composée principalement de poisson, de tofu et de produits de la mer. Intéressant, n’est-ce pas? Allons-nous appliquer immédiatement ces beaux principes alimentaires? Non. Intéressons-nous à la musique, tiens.
Un autre élément important de la culture musicale d’Okinawa est le sanshin. L’instrument à trois cordes, qui se rapproche du sanxian chinois et est l’ancêtre du shamisen japonais, est à peu près similaire à notre banjo, si ça peut vous donner une idée. Il est fabriqué à partir de peau de sepent. On entend le sanshin dans la plupart des chansons traditionnelles. Après avoir vu - de mes yeux vu - Michihiro Sato, un extraordinaire joueur de shamisen accompagner le toujours curieux John Zorn (un choc musical), j’ai été peu de temps après séduit par une interprétation un peu croche mais bien sentie de la chanson traditionnelle Hai Sai Oji-San par les virtuoses Richard Thompson, Fred Frith, Henry Kaiser et John French. Et quelques temps après - grâce à la curiosité légendaire de David Byrne et de son étiquette Luaka Bop - j’ai pu enfin connaître l’auteur de la ritournelle.
Shoukichi Kina et son groupe Champloose ont joué un rôle important sur la scène folk-rock asiatique entre les années 70 et 80. Ils se sont faits connaître en premier lieu par cette même chanson (Hai Sai Oji-San signifiant à peu près “Hé, vieil homme”) et ont été remarqués pour leur grand talent à mélanger tradition et modernité. L’album Asian Classics 2: Peppermint Tea House - Best of Shoukichi Kina est essentiel. Recommandé par l’Homme Scalp avant d’entamer un régime faible en gras. Voici la chanson originale et ensuite la version occidentale pas piquée des vers et très respectueuse; cette dernière est extraite de l’album Live, Love, Larf & Loaf publié en 1987 par le super quatuor américano-britannique et est chantée courageusement par Richard Thompson.
Je discutais avec des collègues sur les différences d’interprétation du mot ‘libéral’ au Canada et aux États-Unis d’Amérique (un libéral étant associé à la droite affairiste et conservatrice ici, plutôt que démocrate, libertaire et dépensier aux É.U.). Ça m’a fait penser à la chanson ‘Love Me I’m a Liberal’ composée par Phil Ochs et reprise (avec un texte modifié) sur l’album Prairie Home Invasion de Jello Biafra et Mojo Nixon. Les deux personnages sont les dignes descendants du mouvement contre-culturel de la fin des années 60 et se sont permis des interprétations vigoureuses de quelques classiques ou trésors oubliés de la chanson américaine. Le premier (né Eric Reed Boucher) a fondé les Dead Kennedys à San Francisco; il est aussi un musicologue chevronné et sympathisant des idées politiques de la gauche. Le deuxième (né Neill Kirby McMillan) fait partie du mouvement psychobilly et saupoudre ses chansons de références à la culture populaire et se sert de la chanson pour propager ses idées politiques libertaires.
En tout premier lieu, Atomic Power des frères Chester et Lester Buchanan, valait d’être ressuscitée. Un texte qui résume parfaitement l’angoisse populaire devant une arme menacante contre laquelle le commun des mortels ne peut rien faire d’autres que de prier. Le texte est très efficace (et très moderne) pour une chanson écrite en 1946:
Oh this world is at a tremble with its strength and mighty power
They’re sending up to heaven to get the brimstone fire
Take warning my dear brother, be careful how you plan
You’re working with the power of God’s own holy hand
Atomic power, atomic power
Was given by the mighty hand of God
Atomic power, atomic power
It was given by the mighty hand of God
You remember two great cities in a distant foreign land
When scorched from the face of Earth their power of Japan
Be careful my dear brother, don’t take away the joy
But use it for the good of man and never to destroy
Hiroshima, Nagasaki paid a big price for their sins
When scorched from the face of Earth their battle could not win
But on that day of judgment when comes a greater power
We will not know the minute, and we’ll not know the hour
Will The Fetus Be Aborted est une bravade à l’endroit de la droite religieuse et de ses efforts pour contrer le phénomène de l’avortement. La version de Johnny Cash, Jerry Lee Levis et Carl Perkins (à l’époque jeunes poulins de Sun Records) est un reprise du classique folk Will The Circle Be Unbroken écrite et publiée en 1935 par les membres de la célèbre famille Carter.
La pièce Love Me I’m a Liberal est, quant à elle, une attaque brillante du protest singer Phil Ochs contre les ‘gauchistes du dimanche’ qui proclamaient être des progressistes, mais n’étaient pas prêts à assumer les conséquences politiques de leur choix. Très baveuse il y a 40 ans, elle est toujours d’actualité 25 ans plus tard dans la relecture qu’en font Biafra et Nixon.
I cried when they shot John Lennon
Tears ran down my spine
And I cried when I saw “JFK”
As if I’d lost a father of mine
But Malcom-X and Ice-T had it coming
They got what they asked for this time
So love me, love me, love me,
I’m a liberal
I go to pro-choice rallies
Recycle my cans and jars
I’ll honk if you love the Dead
Hope those funny Grunge bands become stars
But don’t talk about revolution
That’s going a little bit to far
I cheered when Clinton was chosen
My faith in the system reborn
I’ll do anything to save our schools
If my taxes aint too much more
And I love Blacks and Gays and Latinos
As long as they don’t move next door
Rush Limbaugh and the L.A.P.D.
Should all hang their heads in shame
I can’t understand where they’re at
Arsenio should set them straight
But if neighborhood watch doesn’t know you
I hope the cops take your name
Yeah, I read the New Republican
Rolling Stone and Mother Jones too
If I vote it’s a democrat
With a sensible economy view
But when it comes to terrorist Arabs
There is no one more red, white, and blue
Once I was young and had an attitude
Stickers covered the car I drove in
Even went on some direct actions
When there weren’t rent-a-cops to be seen
Ah, but now I’ve grown older and wiser
And that’s why I’m turning you in
Au départ, aussi loin que je me souvienne, elle évoque pour moi un poste de radio AM mal synthonisé au milieu des années 70. Mais pour la plupart des gens à qui je mentionne le titre, elle rappelle immédiatement un slow collé, un baiser mouillé, une conclusion amoureuse ou n’importe quel moment humide vécu au son du classique Love Hurts de Nazareth. Définitivement la première power balad digne de ce nom!
Le jour où j’ai pris la peine de m’y arrêter, j’ai découvert que Love Hurts est en réalité une composition de Boudleaux Bryant écrite en 1960 et enregistrée pour la première fois par les Everly Brothers. Elle a ensuite été reprise par Roy Orbison, Gram Parson et Emmylou Harris avant de sombrer dans l’oubli; pour ensuite renaître avec une version rock du groupe Nazareth qui en fit le succès international que l’on sait (surtout au Canada) et l’enregistrement le plus célèbre de la chanson.
Permettez-moi d’ajouter une version pas piquée des vers de la chanson. Celle de Éric Goulet, alias Monsieur Mono, accompagné par Mara Tremblay. Leur interprétation est inspirée bien évidemment par celle de Gram Parson des Flying Burrito Brothers, avec son côté triste à pleurer. Tellement belle. Tellement réussie. Ça provient de l’album Pleurer la mer morte.
Neil Young sera au Centre Bell de Montréal le 1er décembre prochain. J’ai déjà fait part de mon attachement pour le bonhomme, alors je n’ai pas besoin de vous dire que je me suis garroché pour obtenir une paire de billets comme un véritable ouragan. Et c’est écrit dans le ciel: à moins d’un problème majeur, je verrai Neil enfin en chair et en os. Je sais, j’ai l’air d’un groupie. Et je m’en contrefous. Je viens de parcourir les pages écrites par les autres blogueurs de musique et je suis tombé sur une compilation très intéressante * autour de l’album ON THE BEACH revisité par des artistes aux horizons très variés. Et je vais commencer par ce bout-là l’exploration de son oeuvre.
On The Beach est le 5ème album studio et solo de Neil Young. Il a été enregistré en 1974, alors que l’artiste allait plutôt mal. Il contraste avec son image habituelle et dévoile un univers dévasté, à des années lumières des rêves hippies et des béatitudes du Loner. L’album ouvre la porte à une période qui s’achèvera de façon glorieuse avec “Rust Never Sleeps” en 1979. Neil Young y panse ses plaies (plusieurs douleurs personnelles) et pose son regard lucide sur la célébrité; il règle ses comptes avec les critiques et raconte la cavale de Charles Manson. L’album sera mal accueilli mais s’est imposé avec le temps comme l’un de ses meilleurs.
Voici l’album au complet interprété dans le même ordre par:
Jeff Tweedy - Walk On The Byrds - See the Sky About to Rain The Waco Brothers - Revolution Blues The Be Good Tanyas - For the Turnstiles Mercury Rev - Vampire Blues The Walkabouts - On the Beach Scott Miller and the Commonwealth - Motion Pictures Grapefruit Ed - Ambulance Blues
Auteur, compositeur et interprète, originaire de Rouyn-Noranda, Réal V. Benoit se fait la voix du monde ordinaire, avec ses questions existentielles, philosophiques ou sociales. Mineur de profession, il a connu une certaine popularité au milieu des années 70 (de 71 à 75 plus exactement) avant de retourner poursuive sa carrière de mineur en Abitibi Témiscamingue où il est né.
En fait, au cours de sa brève carrière, il s’est un peu fait avoir par des producteurs qui ne le voyaient que comme un produit de consommation. Il devait se produire avec son casque de mineur pour faire différent des autres et s’attirer ainsi un capital d’empathie de la part des travailleurs ordinaires. Cela a marché mais notre homme n’était pas heureux. Il n’a pas vu un seul dollar des trois albums qu’il a mis sur le marché à cette époque. Le premier avait la particularité (très mauvaise) d’offrir la voix de Réal d’un côté et la musique de l’autre, un vraie farce pour quiconque est sérieux en musique. Les DJs de l’époque ont refusé de faire jouer cette erreur et l’ami Réal en était très peiné.
Heureusement, son talent était palpable sur scène et on a pu le voir dans plusieurs boites à chanson, faire son petit bonhomme de chemin jusqu’à ce que plusieurs de ces endroits doivent fermer leurs portes et Réal devait ensuite se contenter de tourner dans des hôtels miteux. Il serre sa guitare en 1975, fait le voeu qu’on ne l’y reprendra plus et retourne à la mine.
Ce n’est que 25 ans plus tard, à la demande d’un inconnu qui lui offre une salle pleine de spectateurs qui se souvenaient de lui qu’il accepte de reprendre le flambeau. Invité par la suite à faire la première partie de Fred Fortin en tournée, il reprend goût à la scène et décide d’offrir son ancien comme son nouveau matériel en format CD. En novembre 2005, Réal participe au Coup de Coeur Francophone à la Place des Arts, il interprète plusieurs des pièces de son plus récent album intitulé Sérieusement. Le poète de l’humain est toujours là, solide et direct. Les années n’ont pas altéré sa quête des vraies choses et le nombre de questions qu’il se pose semble aussi volumineux qu’à l’époque. Un homme et un artiste important.
Depuis son extraordinaire premier album (Voilà Réal V. Benoit), en passant par le fameuse pochette en billet de 5 dollars, jusqu’à sa renaissance toute nouvelle, RVB est définitivement un personnage qu’il est impossible d’éviter. Tapez-vous entre autres “Le gros mangeux de suçons pis de gomme” ou “Les baveux” pour découvrir un artiste hors du commun. Un extrait vidéo de son spectacle. Long monologue, la chanson est mieux livrée que l’originale qui était mal enregistrée et sonnait le cul. Remettez les pieds chez votre disquaire de collection pour retrouver les disques de Réal V. Benoit ou allez visiter son site.
Sur une note plus légère, il semblerait que Britney Spears aurait retrouvé sa taille de guêpe. N’est-ce pas absolument fantastique? Pourquoi vivre dans l’incertitude quant à l’avenir de la race humaine, quand des nouvelles aussi rafraîchissantes apparaissent dans le paysage médiatique! Ce qui me fait penser que je dois absolument vous parler du projet millénariste de Richard Thompson.
Le guitariste britannique s’est fait demander en 1999 par le magazine Playboy de dresser la liste des 10 plus grandes chansons du millénaire. “Quelle bande d’hypocrites!” s’est-il dit. “Ils ne s’intéressent probablement qu’aux 20 dernières années!” Et il a immédiatement entrepris de leur fournir une liste des meilleures pièces étalées sur 1000 ans, une lente progression musicale de la musique médiévale jusqu’à Britney Spears. Il n’a bien sûr jamais entendu parler des éditeurs de Playboy par la suite.
Le résultat a donné lieu à l’élaboration d’un excellent concert - Richard Thompson - 1000 Years of Popular Music - toujours en tournée présentement. Accompagné par la chanteuse-claviériste Judith Owen et la percussioniste Debra Dobkin, Thompson offre des interprétations magnifiques de “Sumer Is Icumen In” écrit en 1260, “King Henry V’s Conquest of France” du 15ème siècle, “Blackleg Miner” du 19ème et de “Orange Colored Sky” de Nat King Cole. Et bien sûr du classique de Britney.
Ça va faire les niaiseries à propos des divas de ce monde. Revenons aux racines, encore une fois. Voici une voix. Une vraie voix. Complètement craquante, tellement elle est sincère. Celle de Hiram “Hank” King Williams, chanteur, guitariste et compositeur américain, devenu une icône de la musique country et du rock et l’un des plus influents musiciens du XXe siècle.
“Quand j’écris à propos de Hank Williams qu’il est ‘cent étages plus haut que moi dans la tour de la chanson’, ce n’est pas par modestie. Je sais où Hank Williams se situe dans l’histoire de la chanson populaire. Des chansons comme Your Cheatin’ Heart sont sublimes, et en comparaison je me considère comme un bien piètre écrivain.”— Leonard Cohen