Asha Bhosle (pseudonymes Asha, Asha Bhonsale, Asha Bhonsle, Asha Bhonsley, Asha Bhosale ou Asha Bhosley) est reconnue mondialement comme étant LA plus grande vocaliste de l’industrie cinématographique indienne (on dit aussi Bollywood). Sa carrière s’étend sur plus de 6 décennies et elle est considérée comme la chanteuse la plus versatile de l’Asie du Sud. Son travail en playback - accompagnée par sa célèbre soeur Lata Mangeshkar - peut être entendu sur pas moins de 950 films et on estime qu’elle aurait enregistré plus de 12,000 chansons en 14 langues et dialectes (Hindi, Urdu, Telugu, Marathi, Bengali, Gujarati, Punjabi, Tamoul, Anglais, Russe, Tchèque, Nepalais, Malay et Malayalam).
Sa voix, extraordinairement fluide et immédiatement reconnaissable, s’est révélée efficace peu importe l’idiome musical utilisé par les producteurs (cabaret, rock, disco, ghazals, musique classique indienne). Plusieurs artistes occidentaux ont rendu hommage à son immense talent au cours des 20 dernières années; pas toujours les meilleurs, mais quand même: Boy George, Michael Stipe, Cornershop, Sarah Brightman, Nelly Furtado, Kronos Quartet, The Black Eyed Peas. L’Homme Scalp est admirateur de longue date, et comme je n’ai pas envie de me répéter, aller donc voir cela et (surtout) écoutez ceci:
* la chanson, extraite du film Lagaan, et son interprète sont récipiendaires des prix suivants en 2002 : Zee Cine Award, Screen Videocon Award et Sansui Movie Award. La chanteuse a reçu 2 doctorats honorifiques pour l’ensemble de sa carrière (University of Amravati et University of Jalgaon) ainsi que le prix Freddie Mercury Award pour son accomplissement exceptionnel dans le domaine des Arts. Non, elle n’a pas chanté Bohemian Rhapsody en guise de remerciement…
En 1996, l’étiquette indépendante Parallel World publiait l’album Cambodian Rocks, une collection étonnante de rock de garage et de musique psychédélique cambodgienne des années 60 et 70; n’eut été de la curiosité de Paul Wheeler (un touriste américain, du genre qui pose des questions et qui va au bout de ses passions), ce nouvel idiome musical n’aurait probablement jamais vu le jour (parmi nous du moins).
Wheeler, en transit entre le Japon et son pays natal, est en Asie du Sud. Une camionnette s’arrête pour le faire monter alors qu’il faut du pouce au Cambodge. L’Américain remarque que le conducteur fait jouer inlassablement des cassettes de musique fuzz-punk-rock de son pays et Wheeler fait par la suite l’acquisition d’une pelletée de cassettes du même genre sur la rue. De retour à Phnom Penh, il est déjà passablement accroché à ce rock quasi infectieux et commence à compiler les connaissances et les informations sur sa production; la musique doit entre autres beaucoup à la culture acid-rock britannique et americaine de son époque, mais ne se contente pas seulement de copier, mais de lui invigorer une partie essentielle de sa culture locale. On peut imaginer que les artistes se sont abreuvés à même la radio des Forces Armées Américaines et les musiciens ne se sont pas gênés pour utiliser (parfois de façon abusive) l’orgue, le fuzz, le wah-wah et toutes ces inventions qui ont révolutionné le rock au cours de cette période bénie.
On peut aussi présumer que les musiciens et artistes entendus sur la compilation en question n’ont reçu aucune rémunération pour l’exploitation de leur musique et qu’ils ont probablement été assassinés par le régime des Khmers Rouges qui a pris le pouvoir au milieu des années 70. Un extrait, en espérant que vous aurez la curiosité de ramasser cet album s’il vous tombe sous la main. Vous reconnaitrez l’air, je crois…
Poursuivons notre route en maintenant cette approche apaisante. Vous ai-je fait part de mon désarroi devant l’attitude condescendante adoptée par mes contemporains lorsqu’ils sont exposés à la musique hawaïenne? L’autre jour, alors que je m’esbaudissais emphatiquement sur les prouesses du Ukulele Club de Paris (voir l’article et les réactions à ce sujet), un collègue de travail a affiché un sourire quelque peu douteux avant de me lancer sans trop réfléchir : “Ah oui, la musique hawaïenne… c’est bien celle qu’on entend dans les films d’Elvis Presley, n’est-ce-pas?”. Je l’ai épargné, mais je me retenais à peine de lui asséner un discours appuyé sur la qualité et le respect élémentaire envers la culture et la musique des Îles.
La musique hawaïenne, quelque soit sa déclinaison, charme à tout coup avec son célèbre glissando qui fait sourire et est devenu sa marque de commerce. Mais il faut la respecter, surtout si on met en rapport la petitesse de l’état américain d’où elle provient et la richesse culturelle qu’elle représente. Pour comprendre son extraordinaire héritage, on doit tenir compte de la musique folk traditionnelle dans son essence même: une large variété de chants et de musiques destinés à des danses hautement ritualisées appelées hula. Elle sert à exprimer le bonheur, la joie, l’adoration divine, communiquer la généalogie, la mythologie, accompagner les jeux et les fêtes.
Il existe peu de mots précis dans la langue hawaïenne pour expliquer la musique à proprement parler, mais le vocabulaire devient élaboré quand vient le temps de parler du rythme, des instruments, des styles et de la production vocale. La musique hawaïenne est simple melodiquement et rythmiquement, mais est riche et complexe dans sa poésie et dans la subtilité des styles vocaux. Elle s’est considérablement transformée par acculturation quand les non-hawaïens ont commencé à arriver sur l’île: les cowboys mexicains parlant espagnols auraient fortement influencé la création musicale (notamment par l’introduction de certains instruments à cordes et possiblement aussi par le chant falsetto) et les Portugais auraient aussi mis du leur en apportant le braguinha, un petit instrument à 4 cordes, précurseur du ukulele.
Je vais un jour vous plonger dans le bain avec une compilation de mon crû, mais en attendant voici deux musiciens extraordinaires, grands pratiquants de la technique Slack Key Guitar: Bob Brozman - un américain à qui je dois mon intérêt approfondi pour le genre musical et un guitariste de génie - et Cyril Pahinui, fils du légendaire Gabby Pahinui, de qui il a repris l’héritage en perpétuant la tradition musicale honolulienne. La pièce Coquette provient de leur album Four Hands Sweet And Hot et je vous défie de conserver toute trace de mauvaise humeur après avoir écouté ça.
J’ai découvert Mohammed Rafi il y a 15 ans alors qu’un ami - collègue de radio et aujourd’hui journaliste (il se reconnaîtra, j’en suis certain!) - me faisait entendre sa dernière trouvaille : un disque vinyle (dont le coin avait été en apparence mangé par un animal) intitulé Golden Voices from the Silver Screen. Commençait aussi à poindre à cette époque un certain Ramachandra Borcar, DJ et collectionneur, sous le pseudonyme DJ Ram dans les clubs de danse montréalais.
C’était mon premier contact approfondi avec la culture Bollywood. Et sans le savoir, j’étais tombé sur la crème de la crème: Lata Mangeshkar, Asha Bhosle et surtout Mohammed Rafi qui interprétait une chanson absolument infectieuse: Jaan Pehchaan Ho. C’est cette merveille qui ouvrait de façon magique le film Ghost World de Terry Zwigoff paru en 2001.
L’ami JP (un collègue de la station CKRL-MF) est, pour sa part, devenu encore plus maniaque que moi et s’est mis à collectionner de façon frénétique tout ce qu’il trouvait en cassettes et disques de musique indienne. Les auditeurs de l’émission Plaxmol se rappellent encore de l’intro échevelée qui a ponctué l’émission à chacune de ses ouvertures.
Tout ça pour dire que Mohammed * est un monument de la musique Bollywood. Bien plus qu’un simple playback singer, il possédait une voix magnifique d’une qualité aussi grande que celle de n’importe quel chanteur classique indien. Il faut bien sûr porter attention au caractère un peu singulier de ce sous-genre de la musique populaire indienne qui emprunte sans vergogne dans toutes les cultures étrangères; les producteurs enregistrent parfois avec de l’équipement de mauvaise qualité, mais c’est justement ce qui fait la sonorité si facilement identifiable de ces albums. Je vous laisse découvrir l’oeuvre considérable de Rafi par vous-même, et pour ne pas tout mâcher à l’avance pour vous, voici une pièce très expressive à la limite du kitsch, comme toujours avec la pop indienne.
* né Mohammad Rafi en 1924 et décedé en 1980, on le connait aussi sous les noms alternatifs suivants: Mohd Raffi / Late Mohammad Rafi / Late Mohammed Rafi / Late Mohmed Rafi / Late Shri Mohammed Rafi / Mahamad Rafi / Mahammed Rafi / Mahd. Rafi / Md. Rafi / Moahmmad Rafi / Mohamad Rafi / Mohamed Rafi / Mohammed Rafi / Mohd. Rafi / Mohd Rafi / Mohemed Rafi / Mohmad Rafi / Mohmd. Rafi / Mohmed Rafi / Mohmmad Rafi / Mohmmed Rafi / Mohomad Rafi / Rafi / Late. Shri. Mohammed Rafi Saab.
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mise à jour 1er avril 2008: à la demande générale, les paroles de Jaan Pehechan Ho
Jaan Pehechan Ho,
Jeena Aasaan Ho,
Dil Ko Churane Walon,
Aankh Na Churavo,
Naam Tho Batavo..
Aaj Ki Yeh Shaam Javan,
Yun Na Chali Jaaye,
Aaj Ki Yeh Shaam Javan,
Yun Na Chali Jaaye,
Phir Se Na Aayegi Yeh Kisi Ke Bulaaye,
Phir Se Na Aayegi Yeh Kisi Ke Bulaaye..
Jaan Pehechan Ho,
Jeena Aasaan Ho,
Jaan Pehechan Ho,
Jeena Aasaan Ho,
Dil Ko Churane Walon,
Aankh Na Churavo,
Naam Tho Batavo..
Jaan Pehechan Ho,
Jeena Aasaan Ho,
Bolo Yeh Na Bolo Tum,
Hogaye Ishaare,
Bolo Yeh Na Bolo Tum,
Hogaye Ishaare,
Sidi Sidi Chot Huve Dil Pe Hamaare,
Sidi Sidi Chot Huve Dil Pe Hamaare..
Jaan Pehechan Ho,
Jeena Aasaan Ho,
Jaan Pehechan Ho,
Jeena Aasaan Ho,
Dil Ko Churane Walon,
Aankh Na Churavo,
Naam Tho Batavo..
Jaan Pehechan Ho,
Jeena Aasaan Ho,
Chup Chup Dekha Dekhi,
Nazaren Diwani,
Chup Chup Dekha Dekhi,
Nazaren Diwani,
Zara Si Yeh Baat Ban Jaaye Na Kahani,
Zara Si Yeh Baat Ban Jaaye Na Kahani..
Jaan Pehechan Ho,
Jeena Aasaan Ho,
Jaan Pehechan Ho,
Jeena Aasaan Ho,
Dil Ko Churane Walon,
Aankh Na Churavo,
Naam Tho Batavo..
Jaan Pehechan Ho,
Jeena Aasaan Ho..
Et, tant qu’à y être, tentons de traduire les paroles:
S’il y avait contact (si on se connaissait mieux)
La vie serait plus simple…
Ô toi, voleuse de coeur, n’évite pas mon regard
au moins, dis ton nom
Et maintenant, cette soirée si jeune
ne devrait pas prendre fin de cette façon
(2 fois)
Elle ne reviendra pas, même si on lui demandait (3 fois)
S’il y avait contact (si on se connaissait mieux)
La vie serait plus simple…
Ô toi, voleuse de coeur, n’évite pas mon regard
Au moins, dis ton nom
C’est ce que tu dis, non?
Des signaux ont été passés
Un coup qui fait mal et qui porte droit au coeur (3 fois)
Oh, en silence… en silence… je te surveille, te surveille
De mes yeux rendus fous
Ce brin de causette ne deviendra pas une histoire (3 fois)
S’il y avait contact (si on se connaissait mieux)
La vie serait plus simple…
Dans mon enthousiasme autour du ukulélé, j’ai expédié mon souhait pour 2008 aux troubadours du Ukulele Club de Paris: “Me semble qu’un spectacle à Québec cet été ferait du bien à tout le monde”. En réponse (rapide!) Cyril Lefebvre a envoyé ceci:
“Il est né il y a plus d’un siècle; bien qu’il fait penser à un jouet et malgré son apparence de guitare miniature, l’ukulélé réunit à lui seul et sous un faible volume tous les rêves exotiques de paradis terrestre”. *
Après l’avoir entendu sur nombre de vieux albums, de 78 tours, joué par d’innombrables fantaisistes de la scène et du cinéma, je n’ai véritablement craqué pour l’ukulélé qu’après avoir entendu Tiny Tim interpréter ‘I Got You Babe’; armé d’un seul et ridicule petit instrument, le très étrange troubadour des années 60 livrait de sa voix haut perchée le double discours ô combien fromagé de Sonny and Cher!
Mon deuxième coup de coeur est venu de Joseph Racaille et de Cyril Lefebvre; les deux comparses, après plusieurs aventures électrifiées, électronifiées ou pas (ZNR, Video Aventure) ont offert chacun leur tour de véritables trésors d’albums dédiés à la musique oubliée, bien qu’inoubliable.
Ensuite Bob Brozman s’est occupé d’allumer le feu et d’entretenir ma passion pour la musique des îles. À la suite d’une conversation avec le guitariste américain - installé en résidence à Québec pour la tenue de plusieurs soirées passionnante avec René Lacaille dans le cadre du Festival d’Été - j’ai appris de la bouche de Brozman l’étonnante théorie selon laquelle la musique des pays occidentaux (et impérialistes) avait été créée pour aider les soldats à garder le pas (en langage musical, on parle d’un tempo 4/4, 1-2-3-4 et on recommence), alors que les musiciens insulaires du sud avaient inventé le contre-temps, un tempo issu d’une musique qu’il qualifiait de ‘défensive’ étant donné la nature même de leur pays conquis. En bon ethno-musicologue qu’il est et pour illustrer son propos, Brozman tapait des mains sur sa poitrine ou martelait de ses doigts le charango, un petit instrument bolivien à 10 cordes.
Il faut aussi souligner l’univers des néotraditionnalistes comme Robert Crumb et ses Cheap Suits Serenaders, Les Primitifs du Futurs et tout récemment le Ukulele Club de Paris. Ces derniers offrent d’ailleurs un environnement musical totalement enivrant et dépaysant, bien que très instructif pour les mélomanes aventureux. Tous issus d’univers mélodiques distincts et éclectiques, Dominic Cravic (guitariste d’Henri Salvador et de Pierre Barouh), Cyril Lefebvre, Fay Lovsky (une artiste accomplie des Pays-Bas), Silvano Michelino, Joseph Racaille (accompagnateur d’Arthur H), Pierre Sangra, Bradney Scott(bassiste d’Arthur H et de J. Racaille) et Tony Truant(guitariste des Wampas) écument les scènes européennes avec les chansons de leur album Manuïa et autres pièces du répertoire traditionnel des années 30 et 40.
** “Longtemps indissociable de la légèreté facétieuse et du décor tropical en faux-semblant des vaudevilles hollywoodiens, l’ukulélé a été boudé, voire méprisé au cours de ces dernières années… Pourtant, petit et maniable, joli autant que modeste, aisément transportable, tout à la fois facile à jouer et digne des plus grandes virtuosités malgré ses quatre cordes et ses quelques frettes, l’ukulélé ne devait-il pas redevenir l’instrument moderne par excellence? De fait, fétiche du renouveau culturel des peuples maoris, chemise aloha en bannière du Tiki Art, arme absolue de la dérision musicale, il effectue aujourd’hui un come-back retentissant…”
Voici 4 pièces extraites de l’album Manuia du Ukulele Club de Paris.La dernière est probablement un hommage à Penguin Cafe Orchestra…