Europe de l'Est


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Márta Sebestyén et son ensemble Muszikas ouvrent aux mélomanes quelque peu aventureux la porte sur le monde fascinant de la musique hongroise. Il faut remercier les disquaires audacieux qui ont permis aux albums de l’étiquette Hungaroton de côtoyer les productions nord-américaines et françaises au milieu des années 80, à défaut de quoi je n’aurais jamais eu la chance d’entendre le groupe hongrois spécialiste du répertoire traditionnel magyar.

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L’essentiel de la musique folk hongrois a survécu à deux guerres mondiales, la dissolution de l’empire austro-hongrois, et l’imposition du socialisme soutenu par l’État. On peut en attribuer le mérite à Zoltán Kodály, un compositeur, ethnomusicologue et pédagogue de renom et au célèbre Béla Bartók. Kodály et Bartók ont parcouru la Transylvanie rurale au début du siècle pour noter et transcrire les chansons du folklore traditionnel. Bartók s’est plus tard servi de plusieurs de ces mélodies dans ses propres travaux modernistes; il a entre autres choses établi une distinction très nette entre la “musique savante hongroise jouée par les Tziganes” et la “musique paysanne”.

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Márta Sebestyén a découvert le fruit de ces recherches alors qu’elle remportait un concours de chant; accompagnée par Muszikas, elle a entrepris de redonner vie à cette musique si particulière (ornementations mélodiques et rythmiques, influences turque, asiatique et tchèque,transpositions audacieuses). Jetez une oreille (et même les deux) aux albums de l’ensemble qui roule sa bosse depuis plus d’un quart de siècle. Vous risquez d’être quelque peu déroutés par les détours que prend l’accompagnement rythmique; portez attention au gardon, un instrument de percussion qui ressemble un peu à un violoncelle avec 3 cordes seulement.

Muzsikas a remporté le WOMEX Award 2008 pour avoir réussi à préserver l’héritage culturel hongrois pendant plus de 35 ans.

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Muzsikas - Hidegen Fujnak a Szelek

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L’Homme Scalp ne se lasse jamais d’apprendre de nouveaux termes génériques; parce qu’il faut bien désigner les choses et les personnes. Sans cela où irions-nous, je vous le demande…. Prenez par exemple Jewlia Eisenberg. La madame originaire de New York City est compositrice. Elle utilise voix, percussion vocale, claquement de mains, battement de coeur, souffle érotique et silence, en plus de traverser des sentiers politiquement minés et donc potentiellement dangereux (génocide en Bosnie, féminisme et marxisme, tradition juive et modernité). Elle a bien entendu pondu le terme qui convient pour résumer sa démarche : Nerdy-Sexy-Commie-Girly !

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En plus de participer à Idiot Flesh et Sleepytime Gorilla, Jewlia a fondé Charming Hostess (avec entre autres la violoniste Carla Kihlstedt), un groupe klezmer-punk/balkan-funk au départ, mais qui est devenu par la suite un véhicule servant à l’exploration de la relation entre le texte et les sons du corps. Par les temps qui courent, CH travaille sur THE BOWLS PROJECT, une performance qui offrira aux spectateurs un contact viscéral avec la vie quotidienne des femmes en Irak il y a 1500 ans; les artistes promettent (sur leur site web, du moins) “a performance installation based on sex, magic and the apocalypse in Babylonian Jewish amulets. Incantation bowls were inscribed with a householder’s secrets and desires, then buried under the home. The texts speak of mysticism and sex; angels and demons; and the trials and joys of love and sex. Especially audible are the voices of women–their work, hopes, and dreams.”

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La performance de Jewlia Eisenberg a séduit le public de Victoriaville il y a quelques années. Elle met son extraordinaire puissance vocale au service de la relecture des pièces de Art Bears que présentent le guitariste Fred Frith et le batteur Chris Cutler au FIMAV de 2008. Et je vous en reparle demain. En attendant, voici The Touch Of Her Hands un extrait de l’album Trilectic paru sur l’étiquette Tzadik. Et juste avant sur YouTube: Red Pocket & Charming Hostess (un projet un peu plus rock).

Jewlia Eisenberg - The touch of her hands

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Tant qu’à faire dans le nostalgique, prenons le temps de souligner le passage de Mary Hopkin au firmament des étoiles (ça y est, ils vont m’embaucher à Musicographie!) de la musique pop en 1968. Elle doit le début de sa carrière au mannequin Twiggy qui l’a vue participer à l’émission Opportunity Knocks et l’a recommandée à Paul McCartney. Et comme le hasard fait bien les choses, Po-Paul cherchait des artistes à produire au sein de sa toute nouvelle étiquette Apple Records. La Galloise impressionne tout le monde avec sa voix cristalline (elle se produisait déjà dans les pubs folks de son pays et de la Grande-Bretagne) et elle enregistre avec Paul la chanson Those Were The Days, un tube qui atteint le sommet des palmarès en Angleterre et aux États-Unis. Malgré une compétition féroce avec Sandie Shaw (voir YouTube ci-bas), elle en est l’interprète la plus connue. Voilà pour l’enregistrement du succès (5 versions suivent plus bas). Mais, comme d’habitude, “There is more to it!”.

Peut-être ne le saviez vous pas, mais cette chanson s’appelle en réalité Дорогой длинною (Dorogoi Dlinnoyu, si votre russe est un peu rouillé) et qu’elle a été écrite par Boris Fomin sur un texte du poète Konstantin Podrevskii. La chanson rappelle une époque où régnait la jeunesse et un idéalisme romantique. Tellement fort comme concept, qu’elle a été réécrite en anglais par Gene Raskin, qui fréquentait alors le White Horse Tavern; bien sûr sa version parle de l’âge d’or du folk qui ne reviendra plus, à l’époque de Bob Dylan, Tom Paxton, Phil Ochs, les Clancy Brothers et Tommy Makem. C’était le bon temps, “those were the days”.

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Elle a aussi été reprise en français par Dalida, Vicky Leandros (Le temps des fleurs), les américains The Fifth Dimension, par les Leningrad Cowboys (pour le film de Aki Kaurismäki) et en Allemand par Hopkin elle-même ainsi que par Karel Gott. La chanson a même été massacrée par Ground Zero, en format ‘musique actuelle’.

Mary Hopkin - Those Were The Days

* Le cri du coeur : “Maudite nostalgie!” est protégé par droit d’auteur et appartient à Madame D.G. que j’embrasse ici tendrement.

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Ça s’est produit devant mes yeux, au 7ème Festival
International de Musique Actuelle de Victoriaville
en octobre 1989. Nous étions quelques centaines de spectateurs à attendre les yeux ouverts les artistes Iva Bittova et Pavel Fajt. Originaires de la République de Tchécoslovaquie (comme on l’appelait à cette époque), la violoniste et le percussionniste sont montés sur scène et ont offert une performance époustouflante de la musique issue de leur collaboration, une mixture audacieuse de rock moderne, de folklore gitan et slave.

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Le charme de Iva fut particulièrement dévastateur. Sa technique de violoniste est non seulement irréprochable, mais aussi très avant-gardiste; et cette voix pleine et riche ne se contentait pas de livrer des chants traditionnels, mais aussi de faire preuve d’un sens aigu de l’expression théâtrale. Bittova a mis tout son corps dans la performance. C’était… “in your face”!

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Soufflée, ébahie, la foule a réagi bruyamment avec une ovation toute aussi soutenue qu’elle était méritée. La violoniste est revenue quelques années plus tard avec le guitariste Vladimír Václavek avec qui elle a présenté les pièces du double album Bílé Inferno.

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Ça vaut la peine de partager avec vous ce que la violoniste appelle “son propre folklore personnel”… Voici en premier lieu, un extrait du film Step Across The Border écrit et réalisé par les documentaristes Nicolas Humbert et Werner Penzel qui ont illustré de façon brillante l’univers du guitariste anglais Fred Frith. La scène se passe dans une chambre d’hôtel à Bern en mars 1989. Fred écoute Pavel Fajt (guitare acoustique) et Iva Bittová (voix et violon). Une inter-relation simple et percutante entre deux formes d’expression artistique: la musique improvisée et le cinéma direct. La pièce s’appelle Morning Song. Ensuite, une pièce de la violoniste extraite de son premier album en solo Divna Slecinka.

Iva Bittova - Divna Slecinka

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