Cover, Hommage


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Petit lundi blafard et terne. Je me sens comme un mal de mer. Une autre de Robert Stevie Moore devrait me remettre les idées en place. Qui est-il? J’en ai parlé ici et . Les curieux iront voir. RSM a le don de revisiter les grands classiques à sa manière. Celui-ci est une énigme depuis toujours pour moi. Demandez aux vieux pops de votre connaissance (je parle ici des baby boomers vieillissants qui deviennent nostalgiques à la seule mention de leurs glorieuses années 60) de vous chanter quelques lignes de A Whiter Shade of Pale de Procol Harum. Vous aurez droit à des paroles plutôt floues et incompréhensibles.

We skipped a light fandango,
Turned cartwheels ‘cross the floor.
I was feeling kind of seasick,
But the crowd called out for more.
The room was humming harder,
As the ceiling flew away
.

Hmmm! Pas certain, là. En tout cas, la mélodie est belle. Vous constaterez toutefois que RSM n’a pas tenu compte du caractère quasi-religieux de l’arrangement original.

Robert Stevie Moore - A Whiter Shade of Pale

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Petty Booka. Aussi connu sous Petty and Booka. Comme son nom l’indique, le groupe musical japonais est composé de deux filles (devinez leur prénom) qui chantent et jouent du ukulele. Le duo a passé une bonne partie de sa carrière à interpréter des classiques du ukulele hawaïen (pour en découvrir plus sur l’instrument, je vous dirige immédiatement - majuscule-clique sous Windows - vers cet article) et aussi à revoir des classiques de la culture rock and roll. Les deux membres originales du groupe ont quitté et ont été remplacées par Chiba et Saitama.

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L’album Ukelele Lady (il faudra consacrer un article à cette chanson des années 20, reprise par à peu près tout le monde, dont le comédien Peter Sellers entre autres) regorge de reprises intéressantes, légères et ô combien touchantes. En particulier celle-ci, une ballade de l’album Rain Dogs de Tom Waits. Ça fait changement de la voix graveleuse de Tom et c’est très rafraîchissant. Tiens, je vais aller me concocter un petit drink bien frais!

Petty Booka - Hang Down Your Head

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Après quelques jours passés dans la musique actuelle (que le percussionniste Pierre Tanguay préfère appeler ‘la musique du futur’), plongeons plus légèrement dans les eaux boueuses - et ô combien nettoyantes - de la musique légère à consommation rapide. Un phénomène toujours étonnant de la fin des années 60 (et de la désillusion progressive résultant de l’échec de plusieurs des utopies propres à cette époque merveilleuse) est la récupération sans vergogne des éléments les plus florissants de la musique psychédélique et de la culture flower power par une industrie du disque qui cherchait par tous les moyens à réaliser LE crossover lui permettant de faire le plus d’argent possible.

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Et pour démontrer le phénomène, portons notre attention sur une oeuvre magnifique - et en même temps complètement inutile - de l’ensemble vocal The Brothers Four. Bob Flick, John Paine, Mike Kirkland et Dick Foley, des jeunes gens bien propres qui se sont rencontrés à l’université de Washington, ont fondé le groupe folk américain en 1957 à Seattle. Ils ont connu leur période de gloire avec un premier album, un contrat chez Columbia et des passages fréquents à la télévision. Mais leur étoile a rapidement pâli avec l’arrivée de chanteurs folk un peu plus aventureux (les Américains disent “edgy”), de Bob Dylan et de l’invasion britannique. Mais ils ont tenté bien sûr, sous les conseils d’un gérant sans scrupule, de profiter de la manne hippie. Ils faut bien vivre, voyez-vous.

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The Brothers Four - Revolution

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Tant qu’à faire dans le nostalgique, prenons le temps de souligner le passage de Mary Hopkin au firmament des étoiles (ça y est, ils vont m’embaucher à Musicographie!) de la musique pop en 1968. Elle doit le début de sa carrière au mannequin Twiggy qui l’a vue participer à l’émission Opportunity Knocks et l’a recommandée à Paul McCartney. Et comme le hasard fait bien les choses, Po-Paul cherchait des artistes à produire au sein de sa toute nouvelle étiquette Apple Records. La Galloise impressionne tout le monde avec sa voix cristalline (elle se produisait déjà dans les pubs folks de son pays et de la Grande-Bretagne) et elle enregistre avec Paul la chanson Those Were The Days, un tube qui atteint le sommet des palmarès en Angleterre et aux États-Unis. Malgré une compétition féroce avec Sandie Shaw (voir YouTube ci-bas), elle en est l’interprète la plus connue. Voilà pour l’enregistrement du succès (5 versions suivent plus bas). Mais, comme d’habitude, “There is more to it!”.

Peut-être ne le saviez vous pas, mais cette chanson s’appelle en réalité Дорогой длинною (Dorogoi Dlinnoyu, si votre russe est un peu rouillé) et qu’elle a été écrite par Boris Fomin sur un texte du poète Konstantin Podrevskii. La chanson rappelle une époque où régnait la jeunesse et un idéalisme romantique. Tellement fort comme concept, qu’elle a été réécrite en anglais par Gene Raskin, qui fréquentait alors le White Horse Tavern; bien sûr sa version parle de l’âge d’or du folk qui ne reviendra plus, à l’époque de Bob Dylan, Tom Paxton, Phil Ochs, les Clancy Brothers et Tommy Makem. C’était le bon temps, “those were the days”.

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Elle a aussi été reprise en français par Dalida, Vicky Leandros (Le temps des fleurs), les américains The Fifth Dimension, par les Leningrad Cowboys (pour le film de Aki Kaurismäki) et en Allemand par Hopkin elle-même ainsi que par Karel Gott. La chanson a même été massacrée par Ground Zero, en format ‘musique actuelle’.

Mary Hopkin - Those Were The Days

* Le cri du coeur : “Maudite nostalgie!” est protégé par droit d’auteur et appartient à Madame D.G. que j’embrasse ici tendrement.

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Les lecteurs réguliers de cette page et les auditeurs de l’émission de radio L’Homme Scalp (jadis sur les ondes de CKRL) savent que j’affectionne particulièrement les albums produits par Robert Stevie Moore. Bien sûr parce qu’il est un bon musicien, original et créatif; mais aussi parce qu’il a ce ‘je ne sais quoi’ qui fait la marque des vrais artistes. Moore fait ce qu’il veut, quand il veut et comme il veut.

Robert Stevie Moore, de la famille du bassiste Scotty Moore (qui accompagnât Elvis, rien de moins!), est aussi celui qui fondait, dans les années 80 un club de cassette assez unique. L’artiste était déjà reconnu pour son travail de rafistoleur de studio maison, de retapeur de bandes maîtresses et d’enregistrement lo-fi; mais il a eu la bonne idée d’inviter les artistes en herbe comme lui à faire parvenir leurs cassettes ou de contribuer à des oeuvres collectives en ajoutant simplement leur partie à des oeuvres pré-existantes déjà entamées en multipistes. Ce qui signifiait à l’époque que les artistes n’avaient même pas besoin de se rencontrer. Génial, surtout pour des musiciens qui devaient travailler avec le strict minimum (pour ne pas dire sur le B.S!!!)

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Donc, encore dans une reprise d’un grand classique, RS nous livre sa version d’une bagatelle célèbre de Ludwig Van Beethoven, une pièce pour piano solo en La mineur que le compositeur avait réservée à une certaine Thérèse… mais a dû prudemment se résoudre à la dédiée à une autre.

Robert Stevie Moore - Für Elise

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En 1996, l’étiquette indépendante Parallel World publiait l’album Cambodian Rocks, une collection étonnante de rock de garage et de musique psychédélique cambodgienne des années 60 et 70; n’eut été de la curiosité de Paul Wheeler (un touriste américain, du genre qui pose des questions et qui va au bout de ses passions), ce nouvel idiome musical n’aurait probablement jamais vu le jour (parmi nous du moins).

Wheeler, en transit entre le Japon et son pays natal, est en Asie du Sud. Une camionnette s’arrête pour le faire monter alors qu’il faut du pouce au Cambodge. L’Américain remarque que le conducteur fait jouer inlassablement des cassettes de musique fuzz-punk-rock de son pays et Wheeler fait par la suite l’acquisition d’une pelletée de cassettes du même genre sur la rue. De retour à Phnom Penh, il est déjà passablement accroché à ce rock quasi infectieux et commence à compiler les connaissances et les informations sur sa production; la musique doit entre autres beaucoup à la culture acid-rock britannique et americaine de son époque, mais ne se contente pas seulement de copier, mais de lui invigorer une partie essentielle de sa culture locale. On peut imaginer que les artistes se sont abreuvés à même la radio des Forces Armées Américaines et les musiciens ne se sont pas gênés pour utiliser (parfois de façon abusive) l’orgue, le fuzz, le wah-wah et toutes ces inventions qui ont révolutionné le rock au cours de cette période bénie.

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On peut aussi présumer que les musiciens et artistes entendus sur la compilation en question n’ont reçu aucune rémunération pour l’exploitation de leur musique et qu’ils ont probablement été assassinés par le régime des Khmers Rouges qui a pris le pouvoir au milieu des années 70. Un extrait, en espérant que vous aurez la curiosité de ramasser cet album s’il vous tombe sous la main. Vous reconnaitrez l’air, je crois…

Ros Sereysothea - Wolly Polly

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