BOF, Cinéma, Télé


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Impossible de les faire taire. C’est vrai. Admettez! Vérifiez auprès de vos amis Français! Pas moyen de leur ceinturer le mâche-patates! Parle, parle, parle, parle, toujours quelque chose à dire, des opinions sur tout et son contraire. C’est d’ailleurs ce qui caricaturalement fait leur charme. Ils sont aussi de grands séducteurs. Pas de temps à perdre: allez, on emballe et hop! Au lit! C’est apparemment ce qu’il faut expliquer aux hommes québécois. Séduire avec assurance.

Prenons Jean Yanne, par exemple. L’acteur, auteur, réalisateur, producteur et compositeur français se dirigeait vers le journalisme, mais il a bifurqué vers le cabaret. Tout d’abord animateur de radio, l’acteur de cinéma s’est fait connaitre pour son humour grinçant et son personnage de Français moyen, râleur et égoïste (mais avec un grand cœur). Sa manière de plaisanter et de verser du vitriol sur des plaies ouvertes en a choqué plus d’un. Le public a trop souvent confondu son personnage de beauf’ avec l’acteur qui le rendait. Yanne a fait sien l’adage selon lequel passer pour un salaud aux yeux d’un imbécile est un plaisir de fin gourmet”.

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C’est pour ses obscénités comme compositeur et chansonnier que nous le retiendrons aujourd’hui. Il a entre autres commis un notamment un disque de rock sous le nom de “Johnny RockFeller et ses RockChild“, avec des titres comme “J’aime pas le rock”, “Le rock coco” et “Saint Rock”. En 1976, Jean Yanne copie abusivement la recette du ‘Je t’aime moi non plus’ de Serge Gainsbourg pour son film intitulé ‘Chobizenesse‘. Connaissez-vous quelqu’un qui jacasse autant pendant l’amour? Ah! Les Français!

Jean Yanne - Coït

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Déjà quelques jours que c’est commencé. Le 400ème anniversaire de la ville de Québec donne lieu à une foule d’activités et les chroniqueurs culturels ne savent plus où donner de la tête. Vous avez probablement entendu parler du Moulin à Images créé par Ex Machina. Je ne peux que vous recommander chaudement d’assister à la projection de 40 minutes sur les silos de la Bungee. C’est hautement impressionnant.

Ceci dit, il ne faut surtout pas demander aux journalistes de la région de faire leur travail et d’aller un petit peu plus loin. En quel cas, ils auraient écouté sur baladeur ou sur place l’extraordinaire musique composée, orchestrée et “mise en scène” par René Lussier. Et ils se seraient empressé, contrairement à certains reporters qui l’ont bêtement ignoré, de savoir qui il est. N’oubliez pas que le propre des grands, c’est de commettre de grandes choses ou… d’aller chercher les meilleurs. Et Robert Lepage a vraiment choisi celui qui a le plus d’expérience dans la composition et la scénarisation de la musique.

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René Lussier (à notre droite de Lepage sur la photo) compose et produit de la musique de films, pour le théâtre, la scène, et pour ses propres projets expérimentaux depuis plus de 30 ans, et a aussi publié récemment un album consacré à la “chanson simple et poétique” (Le prix du Bonheur) qui est un véritable petit bijou. L’oeuvre concoctée pour l’évènement Le Moulin à images vaut la peine d’être entendue dans le contexte, mais aussi pour ce qu’elle est. J’invite donc les auditeurs et lecteurs curieux à synthoniser la station de radio communautaire CKIA de Québec - tous les soirs à 22:00 sur la fréquence 88,3 FM - pour entendre la trame sonore du spectacle de Lepage, même s’ils ne sont pas sur place. C’est un contact direct avec un compositeur hors-pair, expressif et allumé qui risque de stimuler votre imagination. Fermez les yeux et écoutez la musique du Moulin à Images.

René Lussier - Le moulin à images (extrait)

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Bien plus que les films de Sergio Leone, ce sont les musiques écrites par Ennio Morricone pour les magnifier qui ont marqué mon imaginaire. Un album en particulier figurait invariablement dans toute collection digne de ce nom: la bande originale du film ‘Mon nom est Personne’. Le spectateur que j’étais n’avais pas, à 11 ans, la distance nécessaire pour comprendre que Leone avait beaucoup donné au genre western spaghetti et à quel point il faisait tout pour en sortir. J’étais plutôt fasciné par le jeu très amusant de Terence Hill, les blagues en bas de la ceinture et les effets comiques à la Mack Sennett. Il est clair que Il mio nome e Nessuno réalisé par Tonino Valerii (Sergio a laissé le crédit de réalisateur à son assistant) était très loin de ses chefs-d’oeuvre passés (La trilogie de l’homme sans nom), bien que le film se présente comme une parodie sérieuse et un hommage aux grands du western classique, ceux qui ont contribué à sa démythification (John Ford) et à son dynamitage (Sam Peckinpah).

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Mais recourir encore une fois à l’immense talent de son compatriote italien Ennio Morricone était l’idée qui allait faire du film un grand succès. Non seulement ce dernier avait-il parfaitement compris le thème du film et le personnage de Jack Beauregard (Henry Fonda) qui marquait la fin des héros cowboys romantiques et des légendes de l’ouest, mais il avait aussi parfaitement intégré le mécanisme proposé par Leone en créant une constante et amusante auto-parodie musicale dans laquelle il recycle bon nombre de ses anciennes compositions parmi les plus célèbres. Ceci dit, Morricone a livré des mélodies terriblement efficaces pour les scènes clés du film en revisitant avec beaucoup d’humour La Chevauchée des Walkyries de Wagner, entre autres.

Ennio Morricone - The Wild Horde

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Un autre extrait de la série Filmworks de John Zorn. Rappelons que le projet permet au compositeur new-yorkais d’écrire et de livrer une musique de films à des producteurs de cinéma indépendants qui peuvent ainsi l’exploiter dans leurs oeuvres. Le musicien (qui est aussi directeur de l’étiquette Tzadik) se réserve toutefois le droit d’éditer ses oeuvres lui-même sur disque. La pièce Shanghai a été créée pour le film Port of Last Resort (titre original Zuflucht in Shanghai, réalisé et produit par Joan Grossman et Paul Rosdy), un documentaire sur les réfugiés juifs qui ont émigré à Shanghai après avoir fui l’Allemagne nazie dans les années 30. L’album FilmWorks VIII permet d’entendre le talent remarquable des musiciens qui accompagnent le compositeur dans ses aventures: Min Xiao-Fen (pipa), Greg Cohen (contrebasse), Erik Friedlander (violoncelle), Kenny Wollesen (batterie, percussions, vibraphone) et Marc Ribot (guitare).

John Zorn - Shanghai

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Je viens de remarquer - après consultation de la programmation - la présence de Cyro Baptista au Festival d’Été de Québec 2008. il s’agit du fantastique percussionniste brésilien des innombrables projets du compositeur arrangeur saxophoniste new-yorkais John Zorn. Je vous dis ça comme ça (en passant, parce qu’on y reviendra): Allez le voir et l’entendre.

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Pendant ce temps-là, on va savourer une petite pièce savamment ficelée, comme seule Zorn peut le faire. Dans le cadre de la série Filmworks, il s’est amusé à livrer sa propre version de ce qui serait, selon lui, une véritable bande sonore pour les films de son choix. Des projet réels ou fictifs. Pour illustrer la carrière de l’artiste Maya Deren, Zorn a agencé des ambiances minimalistes, du easy-listening et des petits motifs courts et répétitifs. C’est efficace et encore une fois très réussi. L’album s’appelle Filmworks X - In the mirror of Maya Deren. y entend Erik Friedlander (violoncelle), Jamie Saft (piano, claviers, wurlitzer), Cyro Baptista (percussions) et John Zorn (saxophone et percussions sur quelques titres).

John Zorn - Haiti

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On ne passe pas à côté de cet extraordinaire iconoclaste de la musique américaine. J’ai craqué pour sa musique le jour où j’ai entendu Der Fuerher’s Face, une chanson commandée par Walt Disney pour le dessin animé de propagande Donald Duck in Nutzi Land. J’étais crampé lorsque j’ai entendu les onomatopées, les bruits de bouche et les percussions; encore plus quand j’ai compris qu’elles étaient l’oeuvre d’une vraie personne et complètement estomaqué quand j’ai compris qu’elles étaient le fruit de l’imagination débordante de Lindley Armstrong Jones, fils d’un agent des chemins de fer de la compagnie Southern Pacific, un garçon si maigre qu’on le comparaît à un clou de rail (‘rail spike’ en anglais).

Percussionniste, multi-instrumentiste et arrangeur de grand talent, Spike Jones a fondé au début des années 40, l’ensemble Spike Jones and The City Slickers avec le chanteur Del Porter, le violoniste Carl Grayson, le chanteur et trompettiste George Rock, le clarinettiste et chanteur Mickey Katz et les vocalistes Doodles Weaver et Red Ingle. L’orchestre fait du plaisir sa principale motivation et propose entre autres d’assassiner les grands classiques de la musique et de réinterpréter des succès connus sous des formes inusitées. Spike a entre autres parodié le succès Ghost Riders in The Sky (”Encore!” me dites-vous…) en imitant un chanteur alcoolique et en ridiculisant son auteur Vaughn Monroe; il a aussi joué l’ouverture du Guillaume Tell de Rossini sur des ustensiles de cuisine.

Le groupe a eu sa propre émission de télé sur NBC et CBS entre 1954 et 1961. On y voyait Spike Jones sautiller en agitant des cloches de vaches, jouant du klaxon, de la corne de brume, puis du xylophone pour finir par tirer en l’air avec un pistolet. Un des instruments utilisé - le ‘latrinophone’ - était en fait un siège de cuvette de toilettes avec des cordes (Rock et Belles Oreilles peut se rhabiller!). Spike a largement influencé l’humoriste Stan Freberg, The Goons, les Beatles, Frank Zappa, The Bonzo Dog Doo-Dah Band, The Roto Rooter Goodtime Christmas Band et Weird Al” Yankovic qui lui rend hommage dans le document ci-dessus.

Spike Jones - Cocktails for Two

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