Balkan


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Il y a 20 ans de cela, mes soirées de jeune homme étaient réservées à tous les samedis soirs. Non, pas de hockey à Radio-Canada, ni de coups de hanche au son de ‘Do The Hustle’ à la discothèque (une excellente alternative, j’en conviens). Je restais tranquillement chez moi en attendant la diffusion de NIGHT MUSIC, une émission de télévision permettant d’assister à des performances extraordinaires de musique populaire (dans le sens large et noble du terme) et des artistes les plus avant-gardistes de la scène musicale.

La programmation était l’affaire du légendaire producteur Hal Wilner, un homme reconnu pour son inclinaison vers le cross-over culturel et les grandes rencontres au sommet d’artistes majeurs (Bongwater accompagné par Bob Weir des Grateful Deads, Carla Bley, Steve Swallow et Karen Mantler pour accompagner Bootsy Collins, Conway Twitty avec les Residents comme vocalistes). Les commanditaires, estimant qu’ils ne vendaient pas assez de bière, ont tiré la plogue sur l’émission. J’en ai été réduit par la suite à regarder Normand Brathwaite faire son blues plate.

Un certain samedi de 1988, l’animateur David Sanborn annonce Ivo Papasov et son orchestre de mariage de la Bulgarie. Je suis tombé en bas de mon fauteuil, la gueule à terre! C’était mon premier contact avec la musique de ce pays et je vivais assurément un grand et heureux choc culturel. Le clarinettiste est un virtuose et son orchestre risque de vous scier en deux si vous n’avez pas encore été mis en contact ou confronté avec une telle complexité rythmique. Faites comme moi ce soir-là: baissez les bras et admirez. En cadeau, un extrait de son passage à Night Music et un autre de sa discographie sur étiquette Hannibal.

Ivo Papasov - Ivo’s Ruchenitsa

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L’Homme Scalp ne se lasse jamais d’apprendre de nouveaux termes génériques; parce qu’il faut bien désigner les choses et les personnes. Sans cela où irions-nous, je vous le demande…. Prenez par exemple Jewlia Eisenberg. La madame originaire de New York City est compositrice. Elle utilise voix, percussion vocale, claquement de mains, battement de coeur, souffle érotique et silence, en plus de traverser des sentiers politiquement minés et donc potentiellement dangereux (génocide en Bosnie, féminisme et marxisme, tradition juive et modernité). Elle a bien entendu pondu le terme qui convient pour résumer sa démarche : Nerdy-Sexy-Commie-Girly !

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En plus de participer à Idiot Flesh et Sleepytime Gorilla, Jewlia a fondé Charming Hostess (avec entre autres la violoniste Carla Kihlstedt), un groupe klezmer-punk/balkan-funk au départ, mais qui est devenu par la suite un véhicule servant à l’exploration de la relation entre le texte et les sons du corps. Par les temps qui courent, CH travaille sur THE BOWLS PROJECT, une performance qui offrira aux spectateurs un contact viscéral avec la vie quotidienne des femmes en Irak il y a 1500 ans; les artistes promettent (sur leur site web, du moins) “a performance installation based on sex, magic and the apocalypse in Babylonian Jewish amulets. Incantation bowls were inscribed with a householder’s secrets and desires, then buried under the home. The texts speak of mysticism and sex; angels and demons; and the trials and joys of love and sex. Especially audible are the voices of women–their work, hopes, and dreams.”

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La performance de Jewlia Eisenberg a séduit le public de Victoriaville il y a quelques années. Elle met son extraordinaire puissance vocale au service de la relecture des pièces de Art Bears que présentent le guitariste Fred Frith et le batteur Chris Cutler au FIMAV de 2008. Et je vous en reparle demain. En attendant, voici The Touch Of Her Hands un extrait de l’album Trilectic paru sur l’étiquette Tzadik. Et juste avant sur YouTube: Red Pocket & Charming Hostess (un projet un peu plus rock).

Jewlia Eisenberg - The touch of her hands

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La musique des Balkans, de l’Europe de l’est, de l’Asie Centrale et celle des pays du Nord ont beaucoup attiré mon attention au cours des dernières décennies. Je dois en attribuer la responsabilité au légendaire producteur Joe Boyd et les merveilleux albums publiés par l’étiquette Hannibal à qui je dois cette infection quasi permanente, ainsi que les courageux distributeurs North Side de Minneapolis qui ont été les premiers à faire connaître la nouvelle musique en provenance de la Suède, de Finlande, de la Norvège et du Danemark.

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Et il y a aussi ce fameux samedi soir où je suis tombé en bas de mon fauteuil en regardant la performance époustouflante du clarinettiste Ivo Papasov de Bulgarie lors de son passage à l’émission Night Music. Son ensemble offrait une musique absolument stupéfiante, avec des mélodies bulgares traditionnelles et des changements de signature rythmique essouflants et un quelque peu déroutants pour nos oreilles occidentales. Et l’animateur le présentait comme un ‘Wedding Band’ !

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Les amateurs de jazz et les mélomanes scandinophiles en ont tout autant pour leur argent avec Farmers Market de Norvège: changements rythmiques, patrons mélodiques orientaux, improvisation et humour. La musique de ce groupe délirant est un mélange de folklore bulgare, de standards de jazz et de musique populaire des dernières décennies. Pour ceux qui ne peuvent absolument pas se passer des dénominations génériques, on pourrait classer le genre dans la catégorie “Speed/Balkan/Boogie” (c’est d’ailleurs le titre de leur premier CD). Précisons toutefois que Stian Carstensen, Nils-Olav Johansen, Jarle Vespestad, Trifon Trifonov et Finn Guttormsen se réclament plutôt de la tradition R & B (Roumain & Bulgare!)

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Je laisse à votre curiosité le soin de trouver leurs albums (ils se retrouvent dans les sections jazz et world de votre disquaire préféré; je vous recommande chaudement l’album paru chez Winter & Winter même si c’est un peu cher) mais voici deux pièces (extraites de Musikk Fra Hybridene paru en 1997) qui sont assez enlevantes: la première Gankino Horo est à prendre avec du thé et des petits biscuits… je vous dis, un vrai moment de douceur. Relaxez… et portez tout de même attention au batteur en début de pièce qui signale la rythmique: musique des Balkans à la sauce Metallica. Bonne chance!

Le deuxième morceau est un moment d’anthologie musicale: ça s’appelle Les Mystères Des Guitares Grand Prix (en référence au Mystère Des Voix Bulgares du Trio Bulgarka) et on peut y entendre 25 citations différentes de la musique populaire des dernières années en 3 minutes 11 secondes. Pouvez-vous en identifier quelques unes? Amusez-vous. Les deux morceaux qui suivent sont dédiés à tous ceux qui ont pouffé de rire en entendant François Pérusse massacrer l’expression ‘Jazz Scandinave’…

Farmers Market - Gankino Horo

Farmers Market - Les Mysteres Des Guitares Grand Prix