Avant-garde


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L’idée était premièrement de réunir des musiciens de grand talent. Des gens qui sont des maîtres de leur instrument, mais qu’il est impossible de cantonner dans un style trop précis. À vrai dire, le genre de personnes que détestent les critiques paresseux collectionneurs de termes abusifs et vaseux (”le pape du jazz”, “le Miles de sa génération”, “le Pat Metheny de la musique actuelle”, vous voyez un peu le genre). Alors voilà : Ça s’est produit en 1987. Une rencontre étonnante entre les américains Henry Kaiser (guitare), John French (batterie) et les britanniques Fred Frith (guitare, basse, violon) et Richard Thompson (guitare). 2 albums (Live, Love, Larf & Loaf et Invisible Means) et une tournée américaine pour faire saliver les amateurs.

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Tous des musiciens accomplis, aux intérêts très divers (et à l’horaire chargé). Mais de véritables artistes, selon moi. Thompson a quelque peu réduit le penchant avant-gardiste des trois autres, mais a aussi par le fait même teinté le résultat final avec sa touche folk-rock et son humour très particulier. Amusant parfois (une reprise de Surfin’ USA) et la plupart du temps joué avec élégance et virtuosité (The Second Time), avec en prime des pièces qui nous ont permis de découvrir des cultures différentes (Hai Sai Oji-San de Shoukichi Kina).

French, Frith, Kaiser, Thompson - Lizard’s Tail

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Je viens de remarquer - après consultation de la programmation - la présence de Cyro Baptista au Festival d’Été de Québec 2008. il s’agit du fantastique percussionniste brésilien des innombrables projets du compositeur arrangeur saxophoniste new-yorkais John Zorn. Je vous dis ça comme ça (en passant, parce qu’on y reviendra): Allez le voir et l’entendre.

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Pendant ce temps-là, on va savourer une petite pièce savamment ficelée, comme seule Zorn peut le faire. Dans le cadre de la série Filmworks, il s’est amusé à livrer sa propre version de ce qui serait, selon lui, une véritable bande sonore pour les films de son choix. Des projet réels ou fictifs. Pour illustrer la carrière de l’artiste Maya Deren, Zorn a agencé des ambiances minimalistes, du easy-listening et des petits motifs courts et répétitifs. C’est efficace et encore une fois très réussi. L’album s’appelle Filmworks X - In the mirror of Maya Deren. y entend Erik Friedlander (violoncelle), Jamie Saft (piano, claviers, wurlitzer), Cyro Baptista (percussions) et John Zorn (saxophone et percussions sur quelques titres).

John Zorn - Haiti

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Les spectateurs du Festival de Musique Actuelle de Victoriaville ont eu droit à un évènement qu’on n’est pas près de revoir de sitôt en sol québécois: une relecture de l’oeuvre de Art Bears 30 ans après sa conception. Formé par 3 membres de Henry Cow, le groupe rock d’avant-garde britannique a servi de véhicule aux chansons rejetées dans le cadre de la conception de l’album Western Culture paru en 1978. Chris Cutler (percussion, textes), Fred Frith (guitare, basse, violon, claviers) et Dagmar Krause (voix) ont fait paraître trois albums studios entre 1978 et 1981.

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Winter Songs et The World As It Is Today ont été joués presque en entier par l’ensemble formé par Frith et Cutler dans le cadre du spectacle présenté à Victoriaville. Dagmar n’a pas accepté de participer - affirmant qu’elle ne remontait plus sur scène - mais elle a été remplacée de façon brillante par 3 vocalistes qui se relayaient à tour de rôle ou harmonisaient de façon audacieuse. Jewlia Eisenberg et Carla Kihlstedt (fortes têtes et fondatrices de Charming Hostess), accompagnées par Kristin Slipp (je ne la connaissais pas) ont, comment dire, bien plus que fait la job! Elles ont été extraordinaires. Cutler et Frith ont été - pour employer une expression consacrée - ‘fidèles à eux-mêmes’: rigoureux, exacts, sincères et passionnés. Je les ai sentis très fébriles et émus devant la perspective de rejouer ce matériel, toujours pertinents à ce jour. L’américaine Zeena Parkins, complice dans plusieurs des projets de Fred au cours des 2 dernières décennies, y est allée de toute sa fougue avec des élans pianistiques remarqués et un appui sensible aux claviers.

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Les spectateurs ont été comblés, émus, et certains ont été même tellement saisis qu’ils n’ont pas osé (comme moi) remettre en question le choix d’un fabricant de sons à la console qui nous a douloureusement blasté ça dans les oreilles de façon intense pendant tout le concert. Un peu difficile, parfois. Mais ne crachons pas dans la soupe et pensons aux amateurs de Art Bears qui rêvaient à ce genre de réunion depuis des années. Bravo aux gens du FIMAV pour une ténacité qui les honore et un respect pour l’art qui a permis la tenue d’un tel évènement.

En bonus, voici la pièce jouée en rappel.

Art Bears - All Hail!

@ Merci au FIMAV pour les photos de Martin Morissette

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L’Homme Scalp ne se lasse jamais d’apprendre de nouveaux termes génériques; parce qu’il faut bien désigner les choses et les personnes. Sans cela où irions-nous, je vous le demande…. Prenez par exemple Jewlia Eisenberg. La madame originaire de New York City est compositrice. Elle utilise voix, percussion vocale, claquement de mains, battement de coeur, souffle érotique et silence, en plus de traverser des sentiers politiquement minés et donc potentiellement dangereux (génocide en Bosnie, féminisme et marxisme, tradition juive et modernité). Elle a bien entendu pondu le terme qui convient pour résumer sa démarche : Nerdy-Sexy-Commie-Girly !

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En plus de participer à Idiot Flesh et Sleepytime Gorilla, Jewlia a fondé Charming Hostess (avec entre autres la violoniste Carla Kihlstedt), un groupe klezmer-punk/balkan-funk au départ, mais qui est devenu par la suite un véhicule servant à l’exploration de la relation entre le texte et les sons du corps. Par les temps qui courent, CH travaille sur THE BOWLS PROJECT, une performance qui offrira aux spectateurs un contact viscéral avec la vie quotidienne des femmes en Irak il y a 1500 ans; les artistes promettent (sur leur site web, du moins) “a performance installation based on sex, magic and the apocalypse in Babylonian Jewish amulets. Incantation bowls were inscribed with a householder’s secrets and desires, then buried under the home. The texts speak of mysticism and sex; angels and demons; and the trials and joys of love and sex. Especially audible are the voices of women–their work, hopes, and dreams.”

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La performance de Jewlia Eisenberg a séduit le public de Victoriaville il y a quelques années. Elle met son extraordinaire puissance vocale au service de la relecture des pièces de Art Bears que présentent le guitariste Fred Frith et le batteur Chris Cutler au FIMAV de 2008. Et je vous en reparle demain. En attendant, voici The Touch Of Her Hands un extrait de l’album Trilectic paru sur l’étiquette Tzadik. Et juste avant sur YouTube: Red Pocket & Charming Hostess (un projet un peu plus rock).

Jewlia Eisenberg - The touch of her hands

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L’Homme Scalp entreprend son pélerinage annuel au Festival de Musique Actuelle de Victoriaville pour assister à quelques unes des messes musicales qui y seront présentées.

John Zorn présentera “The Dreamers“, un projet “plus accessible” gravitant autour du compositeur et de ses passions pour les musiques exotica, surf, juives, jazz et film noir.

John Zorn ‘The Dreamers’ (en spectacle à Israel )

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Le vétéran victorien Fred Frith offre son nouveau projet intitulé “Cosa Brava“; le guitariste sera très bien entouré avec un groupe lui permettant d’évoluer à nouveau dans un contexte rock (Carla Kihlstedt, Zeena Parkins, Matthias Bossi).

Fred Frith ‘Cosa Brava’ (en spectacle à Venise)

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Le guitariste, chanteur et compositeur québécois René Lussier présente quant à lui une performance avec les platinistes Martin Tétreault et Otomo Yoshihide (du beau bruit et des moments de grâce à prévoir).

Otomo Yoshihide & Martin Tetreault

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Et pour clore la programmation, les britanniques Chris Cutler et Fred Frith nous font le cadeau du spectacle Art Bears Songbook; nous en pleurons déjà d’émotion!

Art Bears - Freedom (pièce de l’album The world as it is today)

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Est-ce que je dois vraiment vous convaincre d’écouter Tom Waits? Thomas Alan Waits - compositeur, chanteur, réalisateur musical, musicien et acteur américain - a produit plus de 21 albums, a collaboré à une dizaine de musiques de films, en plus de participer, comme acteur, à 22 films long-métrage (Sylvester Stallone, Francis Ford Coppola, Jim Jarmusch, Terry Gilliam, Wim Wenders, Robert Altman, Roberto Benigni). Waits débute comme chanteur de night-club avec ses ballades de crooner, mi-parlées, mi-chantées sur fond de jazz, et fait preuve d’un lyrisme éloquent, alors qu’il évoque, dans un style qui rappelle celui de Raymond Chandler ou de Charles Bukowski, le monde désabusé des bars enfumés (Closing Time, The Heart of Saturday Night, Small Change, Foreign Affairs, Blue Valentine).

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Après une longue collaboration avec les réalisateurs américains Francis Ford Coppola (Rusty James, Outsiders, One From The Heart, Cotton Club et Dracula) et Jim Jarmush ((Down by Law, Coffee and Cigarettes), Tom Waits produit une série d’albums beaucoup moins conventionnels dans lesquels il propose une instrumentation éclectique et un sens de la composition et du théâtre qui font de Swordfishtrombones, Rain Dogs et Frank’s Wild Years des oeuvres modernes et exceptionnelles qui tiennent encore la route 20 ans plus tard.

Quelques années plus tard, Waits se lance dans la réalisation de son album The Black Rider en compagnie de l’écrivain et raconteur extraordinaire William S. Burroughs; le disque confirme entre autres son intérêt croissant pour le théâtre.

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Cette courte biographie est insuffisante pour expliquer à quel point Tom Waits est en parfaite concordance artistique avec son temps et laisse tranquillement sa marque sur l’univers théâtral et musical américain. Je vous laisse la pièce Just The Right Bullet qui a en plus un petit côté Ennio Morricone que je trouve particulièrement efficace.

Tom Waits - Just the Right Bullets

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Raymond Scott - de son vrai nom Harry Warnow (tiens un autre artiste au nom à consonnance juive qui a préféré taire ses origines) - est un Américain de Brooklyn, ingénieur électronicien, musicien jazz et véritable pionnier oublié de la musique électronique.

De nature curieuse, je lis les génériques d’émissions de télé; je me rappelle avoir remarqué à la fin des cartoons de Warner Brothers, en plus du génial Carl Stalling, la mention de Raymond Scott comme auteur de la musique des meilleurs dessins animés de Daffy Duck, Bugs Bunny et leurs amis de Loony Toons. Un de ses thèmes les plus célèbres, celui de Powerhouse écrit au milieu des années 30 a été utilisé des dizaines de fois par les concepteurs de WB, tellement il était efficace. Arrangeur et directeur de son célèbre Raymond Scott Quintette, il a fait un malheur sur les planchers de danse et parmi les amateurs de jazz avec des compositions très audacieuses. Disons qu’il s’agissait de ses emplois ‘de jour’.

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Parce que quand il rentrait chez lui, Scott cultivait ses autres passions. La technologie et l’électronique. Des années avant la commercialisation du synthétiseur par Robert Moog, Raymond Scott a perfectionné plusieurs instruments permettant de générer des effets sonores, en plus de développer le Clavivox et l’Electronium. Au début des années 60, Scott lance Soothing Sounds For Baby, une série d’albums destinés à endormir les enfants, et compose des petites pièces répétitives et minimalistes sur une base séquentielle, inaugurant sans le savoir un mouvement qui allait éclore des années plus tard avec Steve Reich et Philip Glass. Et faire naître aussi une enveloppe sonore qui allait devenir la marque de commerce des allemands Kraftwerk.

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Au milieu des années 40, Scott devient un des rares directeurs d’orchestre a posséder son propre studio d’enregistrement. Et c’est dans les installations de Manhattan Research, Inc qu’il compose, quelques années plus tard, une série de petites pièces ‘alimentaires’ pour le marché publicitaire en offrant ses services aux grandes entreprises (détergents Vim, pastilles Vicks). Elles sont compilées sur l’extraordinaire livre-coffret MANHATTAN RESEARCH INC qui regroupe ces enregistrements produits entre 1953 et 1969. On peut très certainement dire de Raymond Scott qu’il a fait entrer la musique américaine dans la modernité, rien de moins. Un pionnier que je vous invite à connaître autant pour son génie d’arrangeur de jazz, que pour son talent de visionnaire de la musique électronique.

Amis mélomanes aventureux ou simplement aux curieux de passage, je ne peux que vous inviter à consulter l’extraordinaire site web consacré à la vie et à l’oeuvre de Raymond Scott. Mettez ça dans vos signets, à lire tranquillement.

Raymond Scott - Vicks Formula 44

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Pur hasard. Une rencontre fortuite. Un producteur de WFMU (une station de radio du New Jersey que je vous invite très fortement à écouter sur le web) a ajouté une de ses pièces sur la feuille de route de son émission. Il parle de Petra Haden et annonce qu’il s’agit de la fille du bassiste de jazz Charlie Haden. Après recherche et écoute prolongée, je découvre une artiste accomplie: chanteuse et violoniste, elle a fondé les Haden Triplets (aves ses soeurs Rachel et Tanya), en plus d’être invitée à participer à une quantité phénoménale d’enregistrements et de projets (That Dog, Tito & Tarantula, The Rentals, The Decemberists, The Twilight Singers, Beck, Mike Watt, Luscious Jackson, Jimmy Eat World, Foo Fighters, Green Day, Weezer, Victoria Williams, Yuka Honda, The Gutter Twins, Sean Lennon et la liste s’allonge).

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Son projet le plus original ces dernières années est d’avoir repris entièrement a capella le fameux album Sell Out des Who, enregistré sur un appareil à cassette multipistes de première génération. Elle a par la suite monté un choeur a capella (Petra Haden & The Sellouts) composé de 10 femmes pour la présentation de l’oeuvre sur scène. Audacieuse et talentueuse.

Voici un morceau qui se passe de présentation.
Autoproduit et entièrement chanté par madame Haden.

Petra Haden - Prélude no. 2 en Do mineur de J.S. Bach

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