90's


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La musique composée par Neil Young pourrait se définir comme “du folk-rock acoustique mâtiné de country“, c’est du moins ce que laisse entendre une biographie de l’encyclopédie Wikipédia. Mais c’est bien plus que cela, vous vous en doutez bien. Le Torontois de naissance Neil Percival Young a contribué - après ses débuts avec The Squires, le succès naissant de Buffalo Springfield et la gloire du quatuor Crosby, Stills, Nash & Young - à une partie assez considérable du vocabulaire musical de L’Homme Scalp.

Facilement reconnaissable par sa voix haut-perchée, une guitare omniprésente et des textes très personnels, Young est responsable d’un engouement certain pour le folk acoustique; on lui doit entre autres un respect essentiel pour la musique country, l’invention d’une forme de rock grunge bien avant les balbutiements des petits-culs de Seattle et la confirmation qu’un artiste a parfaitement le droit de s’aventurer dans le territoire de création qu’il veut bien occuper, au moment jugé opportun, sans demander l’avis aux requins de l’industrie.

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En dépit de plusieurs tragédies personnelles (maladies graves, divorce, deux garçons atteints de handicaps moteur et mental, disparition brutale d’amis), Neil Young poursuit sa carrière de musicien depuis plus de 40 ans. Chaque album est particulièrement marqué par le contexte du moment présent et parfois politiquement engagé. Il a reçu le Prix de l’Académie Charles-Cros pour son album Harvest qui est cité comme un des plus grands albums de l’histoire. Choisir une pièce représentative de son oeuvre implique une décision trop douloureuse, tellement son catalogue est riche et foisonnant. En voici une, comme ça à tout hasard, toute simple.

Neil Young - One Of These Days

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“Pour discuter vocabulaire, faut commencer par être vivant” (Richard Desjardins)

René Lussier a composé - je vous en parlais récemment ici - la musique du Moulin à images d’Ex Machina. Les plus curieux savent que le compositeur roule sa bosse depuis 30 ans dans le monde de la musique vivante et improvisée. Son nom a été associé à Conventum, Chants et Danses du Monde Inanimé, les 4 guitaristes de L’Apocalypse-Bar, Les Granules, Jean Derome et les Dangereux Zhoms, Les patenteux du Québec, La vie qui bat, Patrice Desbiens et les Moyens du Bord, ainsi qu’un gros paquet de productions de l’Office National du Film. Au fil de ses voyages et participations, il a collaboré - à titre de compositeur ou d’interprète - aux projets de plusieurs musiciens de partout à travers le monde, entre autres avec Chris Cutler, Fred Frith, Tom Cora, John Zorn, Eugene Chadbourne, la liste est longue.

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Le Trésor de la Langue est, de l’avis de plusieurs critiques, une oeuvre considérable et probablement sa plus achevée. Dès 1986, René Lussier commençait à réfléchir à un projet mêlant la musique et la langue parlée, un projet dans lequel la musique serait déterminée par la parole. Désireux de d’éviter le piège de la mise en scène, de faire parler autant les gens ordinaires que les grands acteurs de la société québécoise, il entreprend - à bord du French Spirit (une voiture dont le tuyau d’échappement passe par l’intérieur) - l’audacieux projet de colliger des extraits parlés, des bouts d’entrevues menées un peu partout au Québec et des documents d’archives audios qui serviront de matériaux de base pour le travail acharné qui en découlera par la suite. Chaque mot, chaque timbre, chaque accent, chaque inflexion, chaque respiration ou chaque silence ont été transposés, calqués ou notés pour devenir le vocabulaire musical du compositeur.

Une version écourtée du Trésor de la Langue a été diffusée sur les ondes de Radio-Canada; la Communauté des radios publiques de langue française lui décernait en mars 1989 le Prix Paul Gilson qu’aucun Canadien n’avait remporté depuis 20 ans. En 1992, le Festival International de Musique Actuelle de Victoriaville a invité Lussier à transposer son oeuvre sur scène, ce qui amènera de nombreux autres concerts ici et en Europe, dont quelques-uns sont documentés par le film de Fernand Bélanger, Le trésor archange.

René Lussier - Vestibule

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Probablement un des groupes les plus originaux à émerger des années 90’s, Stereolab a fait mouche avec son utilisation outrancière de vieux claviers électroniques et leur sonorité particulière ancrée à moitié dans les années 60 et un recours à des rythmes sacadés et répétitifs. L’esthétique développé par Tim Gane (guitare, claviers), Lætitia Sadier (voix, guitare, trombone, claviers) et Mary Hansen (voix, guitare, claviers) est clairement influencée par la musique allemande des années 70 (krautrock) et une combinaison audacieuse de la pop des années 60, le lounge des années 50 et la musique expérimentale. 2 vidéos (Miss Modular et Ping Pong) et The Man With 100 Cells pour la série Musique Pas d’Air.

Stereolab - The Man With 100 Cells

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After Dinner, une perle en provenance du pays du Soleil Levant. Après une persistante rumeur soigneusement entretenue par les gens de Recommended Records (et un premier album paru en 1984), les japonais ont connu un succès d’estime et ont été rapidement remarqués par la presse européenne et américaine avec une participation au Festival MIMI de Saint-Rémy-de-Provence et le lancement du superbe Paradise of Replica en 1989. 2 ans plus tard, le public du Festival de Musique Actuelle de Victoriaville vivait lui aussi l’expérience d’un contact direct avec la musique du groupe et la voix délicieuse de la chanteuse Haco (la même année à Victo, René Lussier présentait la première du Trésor de la Langue!).

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Les individus qui en ont fait partie ont accumulé des expériences musicales très variées, ainsi qu’une multitude d’influences aussi diverses que la musique new wave, la culture traditionnelle japonaise, la musique contemporaine et le rock d’avant-garde. Le public occidental était mûr pour un tel contact avec la musique du Japon. Le souvenir que je garde du concert est assez vif 17 ans plus tard: entrée en matière traditionnelle, développement très moderne, un sens inné du cérémonial, du solennel et du théâtre. Nous avions été très impressionnés.

After Dinner - A Walnut

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Les autrichiens (et les Allemands, tant qu’à y être) doivent vivre avec un stéréotype culturel assez assommant: celui du bon vivant qui boit de la bière et mange des saucisses avec de la choucroute. Die Knödel est apparu dans le paysage de la musique dite sérieuse avec une proposition très séduisante : des compositions post-modernes pour brass band avec une esthétique adaptée au nouveau millénaire.

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L’album “Verkochte Tiroler” (Overcooked Tyroleans) est un succès immédiat. Certaines des mélodies qu’on y retrouvent sont vraiment bien foutues (du genre à visser rapidement à votre cerveau) et le résultat des arrangements habiles et audacieux de Christoph Dienz (judicieux mélange de cordes et de cuivres) plairont très certainement aux amateurs de L’Ensemble Rayé ou du Penguin Cafe Orchestra. J’ai extrait un petit motif tout à fait mélancolique pour détendre les nerfs de certains d’entre vous qui vivez probablement des vies trépidantes et doivent parfois se recueillir sur la vie qui passe.

Die Knödel - Waltzer

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Vous ne le savez peut-être pas encore. Mais sachez que Hållbus Totte Mattson, Anders Norudde, Christian Svensson, Magnus Stinnerbom, Björn Tollin, Anita Lehtola-Tollin, Liisa Matveinen, Sanna Kurki-Suonio, Tellu Paulasto et Ulf Ivarsson ont été, sont et seront vos amis. Au sein de Hedningarna, les Suédois ont composé des airs qui peuvent, à prime abord, vous sembler étrangers, mais qui entraînera rapidement chez vous la certitude qu’il s’agit de la musique la plus essentielle sur terre. Le groupe propose, depuis quelques années maintenant (1987 en fait) une relecture de la musique folk suédoise et finlandaise, en l’apposant à des éléments de rock et de musique électronique fabriqués ou inspirés à même la musique traditionnelle scandinave puisée du fond des âges par des gens qui sont des ethnomusicologues passionnés de leur patrimoine local. Ils utilisent pour ce faire des instruments anciens de la culture nordique ou - avec l’aide d’un luthier tout aussi fou - inventent carrément des instruments pour produire des sonorités très particulières.

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Certains albums d’Hedningarna (“hedning” signifie en suédois païen, barbare, sauvage) donnent l’impression qu’ils ont été produits par des instruments électroniques, alors que les techniques modernes sont très subtilement incorporées à la pâte. L’effet des cordes, la pulsion rythmique et l’harmonisation en général produisent chez l’auditeur un effet de transe extraordinaire qui vous emportent à des années-lumière de votre existence et vous propulsent dans un endroit irréel que seul vous connaissez, aux frontières de votre imagination. Et ce n’est là qu’une partie de la beauté inxeplicable de cette musique. Les musiciens d’Hedningarna ont aussi accordé une large place au “joik” (prononcez : «yoïk»), chant traditionnel du peuple saami issu des traditions chamaniques et exécuté a cappella.

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La découverte de ce groupe, ainsi que des nombreux autres issus de la nouvelle tradition scandinave, m’a fait réaliser encore une fois à quel point nous ne possédons pas notre propre culture (c’est d’ailleurs ce qui explique que nous ne possédons pas notre propre pays). Les Québécois aiment se faire croire qu’ils sont de culture “latine”, qu’ils ont “le sang chaud” (probablement une tactique de séduction!) alors qu’en réalité, ils sont bien plus près de la culture nordique. Faites la découverte d’Hedningarna et de tous les autres (Garmarna, Gjallarhorn, Hoven Droven, JPP, Värttinä, Väsen).

Hedningarna - Dolkaren

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Il Gran Teatro Amaro est la version acoustique d’un projet beaucoup plus rock et éclaté de Francois-Régis Cambuzat et Roberta Possamai fondateurs d’un groupe appelé The Kim Squad, fortement influencé par Crime & the City Solution (Nick Cave). Après avoir écumé la scène indépendante italienne, le vocaliste et l’accordéonniste se lancent dans un projet plus léger destiné à être joué dans les bars et sur la rue, les fêtes, les vernissages et même les funérailles. Plus amer et fortement théâtral, Il Gran Teatro Amaro secoue son public et n’accepte pas le comportement parfois passif ou peu intéressé des spectateurs dans les lieux publics; Francois Cambuzat invective les spectateurs bruyants, s’assoit à leur table, boit leur vin et raconte de longues histoires pour convaincre le public.

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Le groupe a eu la chance d’être repéré par l’étiquette Recommended Records et a endisqué “Port Famine”, “Hotel Brennessel”, “Piazza Orphelins” et “La Vie en Rouge” avant de s’éteindre de sa belle mort au milieu des années 90. Pas eu la chance de voir ça par chez nous, bien sûr. Les producteurs locaux sont trop occupés à présenter des spectacles hommage à des artistes décatis et à gaver le public de leur soupe imbuvable. Mais un jour, nous vaincrons! En attendant, voici une petite pièce très charmante extraite de l’album “Piazza Orphelins” pour souligner l’existence de ces artistes de grand talent.

C’est la 45ème pièce de la compilation Musique Pas d’Air. Le hasard fait bien les choses, car L’Homme Scalp célèbre son 45ème anniversaire demain 1er juin.

Il Gran Teatro Amaro - Ritik Ma Na-Rif Uyn

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Est-ce que je dois vraiment vous convaincre d’écouter Tom Waits? Thomas Alan Waits - compositeur, chanteur, réalisateur musical, musicien et acteur américain - a produit plus de 21 albums, a collaboré à une dizaine de musiques de films, en plus de participer, comme acteur, à 22 films long-métrage (Sylvester Stallone, Francis Ford Coppola, Jim Jarmusch, Terry Gilliam, Wim Wenders, Robert Altman, Roberto Benigni). Waits débute comme chanteur de night-club avec ses ballades de crooner, mi-parlées, mi-chantées sur fond de jazz, et fait preuve d’un lyrisme éloquent, alors qu’il évoque, dans un style qui rappelle celui de Raymond Chandler ou de Charles Bukowski, le monde désabusé des bars enfumés (Closing Time, The Heart of Saturday Night, Small Change, Foreign Affairs, Blue Valentine).

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Après une longue collaboration avec les réalisateurs américains Francis Ford Coppola (Rusty James, Outsiders, One From The Heart, Cotton Club et Dracula) et Jim Jarmush ((Down by Law, Coffee and Cigarettes), Tom Waits produit une série d’albums beaucoup moins conventionnels dans lesquels il propose une instrumentation éclectique et un sens de la composition et du théâtre qui font de Swordfishtrombones, Rain Dogs et Frank’s Wild Years des oeuvres modernes et exceptionnelles qui tiennent encore la route 20 ans plus tard.

Quelques années plus tard, Waits se lance dans la réalisation de son album The Black Rider en compagnie de l’écrivain et raconteur extraordinaire William S. Burroughs; le disque confirme entre autres son intérêt croissant pour le théâtre.

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Cette courte biographie est insuffisante pour expliquer à quel point Tom Waits est en parfaite concordance artistique avec son temps et laisse tranquillement sa marque sur l’univers théâtral et musical américain. Je vous laisse la pièce Just The Right Bullet qui a en plus un petit côté Ennio Morricone que je trouve particulièrement efficace.

Tom Waits - Just the Right Bullets

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