80's


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Dans un tout autre ordre d’idée (musicalement et en apparence, parce que dites-vous que ce qui suit convient parfaitement à la continuité conceptuelle* de L’Homme Scalp), voici Julverne de Belgique. Formé d’étudiants en musique désireux de réinventer l’orchestre de chambre classique en y incorporant quelques ingrédients propres à la musique rock. Après deux albums (cette pièce provient du deuxième intitulé À Neuf), les instrumentistes belges ont définitivement opté pour une stratégie musique de chambre à la tangente peu sérieuse, voire parfois humoristique dans sa composition.

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Tous d’excellents musiciens, Jose Bedeur (basse), Michel Berckmans (basson), Pierre Coulon (flûte), Baudouin Dehaye (choeur), Michel Duret (clarinette), Jeannot Gillis (violon), Jean-Francois Lacroix (saxophone), Jean-Paul Laurent (piano), Charles Loos (piano), Denis Van Hecke (violoncelle) sont issus de la même veine musicale que Univers Zero et Art Zoyd en moins austère. À écouter avec attention, mais vous pouvez décroiser les jambes, quand même.


Julverne - 3 pièces apareillées - Plasticcio

* Merci FZ.

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Vous ne le savez peut-être pas encore. Mais sachez que Hållbus Totte Mattson, Anders Norudde, Christian Svensson, Magnus Stinnerbom, Björn Tollin, Anita Lehtola-Tollin, Liisa Matveinen, Sanna Kurki-Suonio, Tellu Paulasto et Ulf Ivarsson ont été, sont et seront vos amis. Au sein de Hedningarna, les Suédois ont composé des airs qui peuvent, à prime abord, vous sembler étrangers, mais qui entraînera rapidement chez vous la certitude qu’il s’agit de la musique la plus essentielle sur terre. Le groupe propose, depuis quelques années maintenant (1987 en fait) une relecture de la musique folk suédoise et finlandaise, en l’apposant à des éléments de rock et de musique électronique fabriqués ou inspirés à même la musique traditionnelle scandinave puisée du fond des âges par des gens qui sont des ethnomusicologues passionnés de leur patrimoine local. Ils utilisent pour ce faire des instruments anciens de la culture nordique ou - avec l’aide d’un luthier tout aussi fou - inventent carrément des instruments pour produire des sonorités très particulières.

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Certains albums d’Hedningarna (“hedning” signifie en suédois païen, barbare, sauvage) donnent l’impression qu’ils ont été produits par des instruments électroniques, alors que les techniques modernes sont très subtilement incorporées à la pâte. L’effet des cordes, la pulsion rythmique et l’harmonisation en général produisent chez l’auditeur un effet de transe extraordinaire qui vous emportent à des années-lumière de votre existence et vous propulsent dans un endroit irréel que seul vous connaissez, aux frontières de votre imagination. Et ce n’est là qu’une partie de la beauté inxeplicable de cette musique. Les musiciens d’Hedningarna ont aussi accordé une large place au “joik” (prononcez : «yoïk»), chant traditionnel du peuple saami issu des traditions chamaniques et exécuté a cappella.

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La découverte de ce groupe, ainsi que des nombreux autres issus de la nouvelle tradition scandinave, m’a fait réaliser encore une fois à quel point nous ne possédons pas notre propre culture (c’est d’ailleurs ce qui explique que nous ne possédons pas notre propre pays). Les Québécois aiment se faire croire qu’ils sont de culture “latine”, qu’ils ont “le sang chaud” (probablement une tactique de séduction!) alors qu’en réalité, ils sont bien plus près de la culture nordique. Faites la découverte d’Hedningarna et de tous les autres (Garmarna, Gjallarhorn, Hoven Droven, JPP, Värttinä, Väsen).

Hedningarna - Dolkaren

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L’idée était premièrement de réunir des musiciens de grand talent. Des gens qui sont des maîtres de leur instrument, mais qu’il est impossible de cantonner dans un style trop précis. À vrai dire, le genre de personnes que détestent les critiques paresseux collectionneurs de termes abusifs et vaseux (”le pape du jazz”, “le Miles de sa génération”, “le Pat Metheny de la musique actuelle”, vous voyez un peu le genre). Alors voilà : Ça s’est produit en 1987. Une rencontre étonnante entre les américains Henry Kaiser (guitare), John French (batterie) et les britanniques Fred Frith (guitare, basse, violon) et Richard Thompson (guitare). 2 albums (Live, Love, Larf & Loaf et Invisible Means) et une tournée américaine pour faire saliver les amateurs.

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Tous des musiciens accomplis, aux intérêts très divers (et à l’horaire chargé). Mais de véritables artistes, selon moi. Thompson a quelque peu réduit le penchant avant-gardiste des trois autres, mais a aussi par le fait même teinté le résultat final avec sa touche folk-rock et son humour très particulier. Amusant parfois (une reprise de Surfin’ USA) et la plupart du temps joué avec élégance et virtuosité (The Second Time), avec en prime des pièces qui nous ont permis de découvrir des cultures différentes (Hai Sai Oji-San de Shoukichi Kina).

French, Frith, Kaiser, Thompson - Lizard’s Tail

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Voici une énigme de la musique populaire. Le groupe NRBQ (pour New Rhythm and Blues Quartet) est probablement l’ensemble le plus apprécié au sein de la communauté musicale et parmi les mélomanes; avec une certaine idée de ce que devrait être la musique pop (un mélange habile de jazz, R&B et de pop de tous les styles, des années 50 à 60, combiné avec du rockabilly, saucé dans les Beatles avec quelques clins d’oeil à Thelonious Monk!) en plus d’être le House Band de l’émission The Simpsons. Le groupe - qui tourne depuis 1967 - est salué comme le meilleur des meilleurs et compte parmi ses fans Paul McCartney, Elvis Costello, Keith Richards, Bonnie Raitt, Los Lobos, Dave Edmunds et même Pat Metheny (???!!??).

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Et malgré tout cela, le groupe est incapable d’obtenir un contrat digne de ce nom d’une compagnie de disques qui pourrait les faire vivre en raison d’une incapacité à se classer décemment dans les ventes. Terry Adams, Joey Spampinato, Al Anderson et Tom Ardolino ont quand même enregistré une trentaine d’albums qui ont été mis en circulation par Rounder Records (une compagnie dédiée aux racines de la musique américaine) pour notre plus grand bonheur.

Quand ça va tout croche et que j’ai besoin d’un remontant, je sors l’album Tiddlywinks (1980) et je me tape cette chanson-là, quasiment navrante tellement elle est simple et sans prétention.

NRBQ - Feel You Around Me

Attendez-vous à ce que je vous en sorte une autre dans le cadre de la compilation MPA !

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Formé à la fin des années 70 par Ana da Silva et Gina Birch (guitare et basse), The Raincoats est un groupe britannique. Encore une fois (comme dans le cas de Roxy Music), des étudiantes en art. L’arrivée de Palmolive à la batterie et de Vicky Aspinall au violon en fait le premier groupe de filles de l’époque post-punk. 3 albums studios (The Raincoats, Odyshape et Moving) et de nombreuses collaborations au sein de l’étiquette Rough Trade ont jalonné la carrière du groupe, elles ont bénéficié de la collaboration de plusieurs artistes sur leurs albums (Robert Wyatt et Charles Hayward de This Heat). Elles sont revenues sous les projecteurs de façon indirecte en 1992 quand Kurt Cobain a témoigné avec passion de sa rencontre avec The Raincoats sur les notes de pochette de l’album Incesticide de Nirvana.

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Avant de sonner comme un vieil exemplaire de Rolling Stone Magazine, aussi bien vous en passer une. Only Loved At Night ne manque pas d’aspérité, est directe et laisse sa trace. De l’album Odyshape, produit en 1981 et réédité par Geffen en 1994.

The Raincoats - Only Loved At Night

L’Homme Scalp est aussi un amateur de guitare. Impensable donc de ne pas aborder de temps en temps les grands de cet instrument, le plus populaire des plus populaires de la musique populaire. Nécessaire aussi de rencontrer des gens comme Henry Kaiser et Richard Thompson. Pour cet article en particulier, nous nous intéresserons au cas de figure Henry Kaiser.

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Le guitariste de San Francisco est parvenu à mes oreilles avec son album With Friends Like These produit avec le britannique Fred Frith sur l’étiquette Metalanguage en 1979. Une exploration des trajectoires possibles et réalisables avec deux guitares amplifiées, des séquenceurs et des rythmes électroniques. Ensuite par le biais d’un autre album étonnant (et plus réussi): Crazy Backwards Alphabet. Peu importe le projet par la suite, Kaiser a fait preuve d’un sens aiguisé du jeu, de la précision et du plaisir dans l’exécution.

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Kaiser a démontré un intérêt pour la musique planétaire (avec son ami David Lindley pour l’album A World Out Of Time) et, en bon improvisateur, a multiplié les concerts et les collaborations en tirant dans à peu près toutes les directions musicales, qu’elles soient structurées ou non. Kaiser donne des ateliers de guitare un peu partout dans le monde et invite ses étudiants à jouer, jouer, jouer, jouer, sans arrêt, sans relâche et surtout sans idée préconçues.

Ça donne d’excellents résultats la plupart du temps sans égard au style abordé (jazz, blues, rock psychédélique, bluegrass, traditionnel américain, indien, japonais, hawaiien, name it!). Plusieurs chansons sont nées de jams intéressants, de débuts de pièces ou de collaborations inachevées, enregistrées rapidement sur le moment. Dont celle-ci avec le guitariste anglais Richard Thompson - dont on entend la voix - parue sur l’album Hope You Like Our New Direction.

Henry Kaiser Richard Thompson - Annihilation In Allah

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Officer! est un autre de ces innombrables OVNIs de la musique rock occidentale et l’album Ossification est toujours une rareté, quoique mes recherches m’apprennent que l’album paraîtra probablement cette année en ré-édition (telle est la rumeur au sein de la communauté bloguienne). De quoi s’agit-il?

Le groupe est un projet piloté par le britannique Mick Hobbs avec le concours d’une pléthore de musiciens et créateurs des États-Unis et de la Grande-Bretagne évoluant dans la sphère ‘musique actuelle‘, une planète de plus en plus large d’artistes dédiés à défoncer les barrières ou, moins prétentieusement, à faire simplement ce qu’ils ont envie de faire de façon auto-produite. Hobbs - bassiste, guitariste, percussionniste et musicien touche-à-tout - a fréquenté des artistes de la scène Canterbury et Rock In Opposition, en plus de produire du rock assez radical; il s’est ici entouré de Bill Gilonis (clarinette), Felix Fiedorowicz (basson), Andy Bole (guitare), Catherine Jauniaux (vocaliste extraordinaire), Tom Cora (violoncelliste de génie), Zeena Parkins (harpe électrique) et Georgie Born (violoncelle).

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L’album, enregistré en Angleterre et paru sur le label français AYAA en 1984, est un véritable petit bijou inclassable, un peu rock, un peu chanson, un peu folk, un peu électronique et tout ça à la fois. On peut parler de musique de pop bien ficelée, avec des arrangements allant de la musique de chambre au folk grano manière Incredible String Band. On s’attache rapidement à plusieurs pièces, dont celle-ci chantée par Judy Carter. Étrange, syncopée… et obsédante. Une frange toujours intéressante de la musique britannique.

Officer! - Anagrams


* La photo des membres du groupe The Work, Mick Hobbs est le 3ème à partir de la gauche.

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Il fête son 60ème anniversaire en 2008. Je pourrais vous présenter Lars Gustav Gabriel Hollmer en expliquant d’entrée de jeu que le pianiste, accordéoniste et compositeur suédois a une influence plus que considérable sur la musique rock progressive contemporaine et racinaire (entendre par là folk) de son pays; vous dire que le Suédois a endisqué des oeuvres majeures au sein de la demi-douzaine de groupes auxquels il a participé (Samla Mammas Manna, Zamla Mammaz Manna, von Zamla, Ramlösa Kvällar, Fem Söker En Skatt,Looping Home Orchestra, Accordion Tribe et les Québécois de La Fanfare Pourpour) pendant plus de 40 ans, en plus de collaborer avec les meilleures musiciens de la planète folk et improvisée; qu’il est le spécialiste des signatures rythmiques irrégulières et qu’il fait preuve d’une certaine audace improvisationnelle; qu’il défie toute classification, mais que sa musique a déjà été comparée à celle de Nino Rota, Robert Wyatt, Brian Eno et du Penguin Cafe Orchestra.

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Mais je préfère exprimer, de façon plus personnelle, une sympathie complète et totale envers le musicien de Uppsala. Ses mélodies, faussement naïves, me vont droit au coeur et ses délires rythmiques provoquent chez moi joie et allégresse (on se croirait à Noël!). Lars est capable de vous scier en deux en composant des lignes thématiques simples qui sont par la suite développées avec génie et lyrisme; et le compositeur est capable de vous tirer les larmes avec des images mélodiques d’une efficacité foudroyante.

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Le problème pour le critique, c’est que la musique de Lars Hollmer ne cadre nulle part. La qualifier de «rock progressif» est aussi productif que de comparer les Beatles à un groupe de blues ou décrire Stockhausen comme un pianiste de films muets. Et soyons bien clairs : il ne s’agit pas de musique traditionnelle suédoise! Il faut aller au-delà de tels raccourcis. Lars Hollmer n’emprunte aucun raccourci. L’écoute révèle des images – des chants religieux dans une église, un lac gelé, une bicyclette brisée, des jeux d’enfant, l’innocence, la tristesse. Tout comme Astor Piazzolla, Lars Hollmer est un compositeur sérieux qui utilise le vocabulaire de la musique populaire traditionnelle pour définir à son tour son propre vocabulaire. L’espièglerie galopante et l’enthousiasme contagieux de Lars laisse parfois place à l’expression la plus éloquente que je connaisse de la solitude. Ce n’est pas peu dire. Innocence, tristesse, une bicyclette brisée. Un compositeur peut-il vraiment rêver de plus?

— Fred Frith

Lars Hollmer - Vendeltid

© Le jeu de mot “tapez suédois” appartient en droits au groupe Les Batinses que je remercie drette-là.

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