60's


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Quelques pas en arrière dans la discothèque: de retour aux albums poussiéreux qui sentent le garage humide. Il faut bien trouver une utilité à ces choses de plastique noires de 30 centimètres. Avant d’animer le formidable quizz Le travail à la chaîne en compagnie du ‘grand argentier’ Jacques Houde entre 1972 et 1979 et de participer à la construction du grand univers psychotronique télévisuel et cinématographique québécois (Amour, délices et cie, De un à dix, Garden Party, 100 % bio), Serge Laprade a connu un certain succès sur scène et à la radio avec les chansons ‘Tout le monde en route’, ‘Je reviendrai dans mon village’ et ‘T’embrasser’ en plus de devenir Découverte masculine de l’année 1964. Il a cassé la baraque avec ‘Capri, c’est fini’ avant de se tourner plus tard vers la radio. Laprade vous explique ici l’essence même de ses préoccupations avec une chanson qui dit ce qu’elle a à dire…

Serge Laprade - Vive le Palmarès

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Petit lundi blafard et terne. Je me sens comme un mal de mer. Une autre de Robert Stevie Moore devrait me remettre les idées en place. Qui est-il? J’en ai parlé ici et . Les curieux iront voir. RSM a le don de revisiter les grands classiques à sa manière. Celui-ci est une énigme depuis toujours pour moi. Demandez aux vieux pops de votre connaissance (je parle ici des baby boomers vieillissants qui deviennent nostalgiques à la seule mention de leurs glorieuses années 60) de vous chanter quelques lignes de A Whiter Shade of Pale de Procol Harum. Vous aurez droit à des paroles plutôt floues et incompréhensibles.

We skipped a light fandango,
Turned cartwheels ‘cross the floor.
I was feeling kind of seasick,
But the crowd called out for more.
The room was humming harder,
As the ceiling flew away
.

Hmmm! Pas certain, là. En tout cas, la mélodie est belle. Vous constaterez toutefois que RSM n’a pas tenu compte du caractère quasi-religieux de l’arrangement original.

Robert Stevie Moore - A Whiter Shade of Pale

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Après quelques jours passés dans la musique actuelle (que le percussionniste Pierre Tanguay préfère appeler ‘la musique du futur’), plongeons plus légèrement dans les eaux boueuses - et ô combien nettoyantes - de la musique légère à consommation rapide. Un phénomène toujours étonnant de la fin des années 60 (et de la désillusion progressive résultant de l’échec de plusieurs des utopies propres à cette époque merveilleuse) est la récupération sans vergogne des éléments les plus florissants de la musique psychédélique et de la culture flower power par une industrie du disque qui cherchait par tous les moyens à réaliser LE crossover lui permettant de faire le plus d’argent possible.

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Et pour démontrer le phénomène, portons notre attention sur une oeuvre magnifique - et en même temps complètement inutile - de l’ensemble vocal The Brothers Four. Bob Flick, John Paine, Mike Kirkland et Dick Foley, des jeunes gens bien propres qui se sont rencontrés à l’université de Washington, ont fondé le groupe folk américain en 1957 à Seattle. Ils ont connu leur période de gloire avec un premier album, un contrat chez Columbia et des passages fréquents à la télévision. Mais leur étoile a rapidement pâli avec l’arrivée de chanteurs folk un peu plus aventureux (les Américains disent “edgy”), de Bob Dylan et de l’invasion britannique. Mais ils ont tenté bien sûr, sous les conseils d’un gérant sans scrupule, de profiter de la manne hippie. Ils faut bien vivre, voyez-vous.

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The Brothers Four - Revolution

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Raymond Scott - de son vrai nom Harry Warnow (tiens un autre artiste au nom à consonnance juive qui a préféré taire ses origines) - est un Américain de Brooklyn, ingénieur électronicien, musicien jazz et véritable pionnier oublié de la musique électronique.

De nature curieuse, je lis les génériques d’émissions de télé; je me rappelle avoir remarqué à la fin des cartoons de Warner Brothers, en plus du génial Carl Stalling, la mention de Raymond Scott comme auteur de la musique des meilleurs dessins animés de Daffy Duck, Bugs Bunny et leurs amis de Loony Toons. Un de ses thèmes les plus célèbres, celui de Powerhouse écrit au milieu des années 30 a été utilisé des dizaines de fois par les concepteurs de WB, tellement il était efficace. Arrangeur et directeur de son célèbre Raymond Scott Quintette, il a fait un malheur sur les planchers de danse et parmi les amateurs de jazz avec des compositions très audacieuses. Disons qu’il s’agissait de ses emplois ‘de jour’.

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Parce que quand il rentrait chez lui, Scott cultivait ses autres passions. La technologie et l’électronique. Des années avant la commercialisation du synthétiseur par Robert Moog, Raymond Scott a perfectionné plusieurs instruments permettant de générer des effets sonores, en plus de développer le Clavivox et l’Electronium. Au début des années 60, Scott lance Soothing Sounds For Baby, une série d’albums destinés à endormir les enfants, et compose des petites pièces répétitives et minimalistes sur une base séquentielle, inaugurant sans le savoir un mouvement qui allait éclore des années plus tard avec Steve Reich et Philip Glass. Et faire naître aussi une enveloppe sonore qui allait devenir la marque de commerce des allemands Kraftwerk.

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Au milieu des années 40, Scott devient un des rares directeurs d’orchestre a posséder son propre studio d’enregistrement. Et c’est dans les installations de Manhattan Research, Inc qu’il compose, quelques années plus tard, une série de petites pièces ‘alimentaires’ pour le marché publicitaire en offrant ses services aux grandes entreprises (détergents Vim, pastilles Vicks). Elles sont compilées sur l’extraordinaire livre-coffret MANHATTAN RESEARCH INC qui regroupe ces enregistrements produits entre 1953 et 1969. On peut très certainement dire de Raymond Scott qu’il a fait entrer la musique américaine dans la modernité, rien de moins. Un pionnier que je vous invite à connaître autant pour son génie d’arrangeur de jazz, que pour son talent de visionnaire de la musique électronique.

Amis mélomanes aventureux ou simplement aux curieux de passage, je ne peux que vous inviter à consulter l’extraordinaire site web consacré à la vie et à l’oeuvre de Raymond Scott. Mettez ça dans vos signets, à lire tranquillement.

Raymond Scott - Vicks Formula 44

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Il y a quelques temps, je suis tombé sur une compilation hommage (une autre) à l’album Rubber Soul, une oeuvre des Beatles parue il y a 40 ans. La compilation, “This Bird Has Flown”, offrait des versions assez intéressantes des pièces du célèbre classique des Fab Four. Je me suis dit qu’il en manquait une, anecdotique et amusante. Comblons cette lacune, mes amis!

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En 1969, le Grammy Awards “Best Contemporary Pop Performance Chorus” était attribué au directeur de chorale Alan Copeland pour un arrangement audacieux mêlant habilement - et ce 40 ans avant l’invention du mash-up - le classique Mission Impossible (de Lalo Schifrin) et le très populaire Norwegian Wood (de Lennon et McCartney) dans un medley chanté passionnément par les Alan Copeland Singers. La pièce peut paraître un peu ridicule aujourd’hui, mais spécifiquement d’un point de vue de producteur, c’est TRÈS efficace.

Alan Copeland - Mission Impossible Theme Norwegian Wood

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Je ne suis pas encore capable de calculer combien de versions je possède de cette incroyable chanson. Écrite le 5 juin 1948 par Stan Jones, on parle de Ghost Riders In The Sky comme étant la meilleure chanson Country & Western jamais écrite. Si vous avez besoin d’une chanson pour débuter votre apprentissage du monde de la chanson western, c’est celle-là qu’il vous faut. Définitivement, comme diraient les joueurs de hockey!

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Elle raconte l’histoire d’un cowboy et de sa vision d’un troupeau sauvage - des animaux aux yeux rouges! - cavalant dans le ciel poursuivi par les fantômes de cow-boys damnés. Il doit changer ses manières s’il ne veut pas un jour être condamné à les suivre éternellement “trying to catch the Devil’s herd across these endless skies”… (quelle image!)

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Les versions, donc, sont innombrables. J’avais le choix entre Vaughn Monroe, Bing Crosby, Marty Robbins, Johnny Cash, Peggy Lee, Spike Jones and his City Slickers, Gene Autry (si vous êtes curieux, j’en ai déjà glissé une à travers le blogue de l’HS). J’ai plutôt choisi une obscure version d’un large ensemble au panache impressionnant. Montez le son un peu et fermez les yeux!

Vocal Majority - Ghost Riders In The Sky

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Solomon Feldthouse, David Lindley, Chris Darrow et Chester Cril ont fondé Kaleidoscope, un des rares groupes de rock psychédélique composé de multi-instrumentistes à inclure des morceaux de Cab Calloway et Duke Ellington à leur répertoire. La célèbre pièce Beacon From Mars a fortement influencé le guitariste Jimmy Page - qui a fondé Led Zeppelin par après - en raison d’un solo feedback mémorable. Le groupe a enregistré 4 albums avec cette formation, en plus de resurgir avec When Scopes Collide en 1977 dont j’ai précédemment extrait les pièces Ghost Riders in The Sky et Man Of Constant Sorrow (voir cette page-ci et cette page-là).

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Il y avait quand même du bon à cette époque grano-le-la-là et psychédélique.

Kaleidoscope - Life Will Pass You By

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Tant qu’à faire dans le nostalgique, prenons le temps de souligner le passage de Mary Hopkin au firmament des étoiles (ça y est, ils vont m’embaucher à Musicographie!) de la musique pop en 1968. Elle doit le début de sa carrière au mannequin Twiggy qui l’a vue participer à l’émission Opportunity Knocks et l’a recommandée à Paul McCartney. Et comme le hasard fait bien les choses, Po-Paul cherchait des artistes à produire au sein de sa toute nouvelle étiquette Apple Records. La Galloise impressionne tout le monde avec sa voix cristalline (elle se produisait déjà dans les pubs folks de son pays et de la Grande-Bretagne) et elle enregistre avec Paul la chanson Those Were The Days, un tube qui atteint le sommet des palmarès en Angleterre et aux États-Unis. Malgré une compétition féroce avec Sandie Shaw (voir YouTube ci-bas), elle en est l’interprète la plus connue. Voilà pour l’enregistrement du succès (5 versions suivent plus bas). Mais, comme d’habitude, “There is more to it!”.

Peut-être ne le saviez vous pas, mais cette chanson s’appelle en réalité Дорогой длинною (Dorogoi Dlinnoyu, si votre russe est un peu rouillé) et qu’elle a été écrite par Boris Fomin sur un texte du poète Konstantin Podrevskii. La chanson rappelle une époque où régnait la jeunesse et un idéalisme romantique. Tellement fort comme concept, qu’elle a été réécrite en anglais par Gene Raskin, qui fréquentait alors le White Horse Tavern; bien sûr sa version parle de l’âge d’or du folk qui ne reviendra plus, à l’époque de Bob Dylan, Tom Paxton, Phil Ochs, les Clancy Brothers et Tommy Makem. C’était le bon temps, “those were the days”.

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Elle a aussi été reprise en français par Dalida, Vicky Leandros (Le temps des fleurs), les américains The Fifth Dimension, par les Leningrad Cowboys (pour le film de Aki Kaurismäki) et en Allemand par Hopkin elle-même ainsi que par Karel Gott. La chanson a même été massacrée par Ground Zero, en format ‘musique actuelle’.

Mary Hopkin - Those Were The Days

* Le cri du coeur : “Maudite nostalgie!” est protégé par droit d’auteur et appartient à Madame D.G. que j’embrasse ici tendrement.

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