30's


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Des Antilles provient le zouk, un style dont la popularité dépasse le cadre des îles où il est né. Les musiques qui l’ont précédé et nourri sont demeurées toutefois inconnues, alors qu’elles ont été enregistrées dans les années trente. Il faudra un jour remercier Frémeaux & Associés, des producteurs indépendants dédiés à la diffusion d’une connaissance passionnée du patrimoine musical mondial, d’avoir permis la survie d’un tel héritage culturel. Deux coffrets de 2 CD reprennent les meilleurs enregistrements gravés à Paris par la fine fleur des orchestres martiniquais et guadeloupéens.

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Filiberto Rico, musicien cubain né à la Havane dans les années 1910, s’est installé en France dans les années vingt où il s’est intégré aux premières formations cubaines de l’époque (Orquesta Tipica Cubana) et a rapidement créé sa propre formation à partir des années trente. Les vieilles gravures rééditées par Frémeaux surprennent l’auditeur attentif à leur modernité et à la qualité des musiciens qui ont jadis fait tourner les danseurs dans les salles de bal parisiennes. Mon aime doudou moin (une composition de Beauregard Abel) a été enregistrée en 1934 et se retrouve sur le premier volume de la compilation BIGUINE - VALSE - MAZURKA CREOLES / 1929-1940.

Rico’s Creole Band - Moin Aime, Doudou Moin

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Louis Jordan est devenu très populaire à Harlem et s’est fait largement connaître dans le reste des États-Unis à la fin des années 30 et au cours des deux décennies suivantes avec son groupe The Tympany Five. Le clarinettiste, saxophoniste et acteur a fait sa marque en combinant un sens du spectacle avec son grand talent d’instrumentiste. Somebody Done Hoodooed The Hoodoo Man illustre de façon éloquente son grand talent de conteur et démontre comment le jazz exigeait à cette époque des musiciens aussi compétents que divertissants.

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L’auteur et musicologue Jean-Paul Levet a tenté - dans son ouvrage Talkin’ That Talk, Le Langage du blues et du jazz - de définir la signification de plus de 3 000 termes ou expressions du vocabulaire négro-américain. Par exemple, “hoodoo” désigne l’ensemble de croyances, coutumes et de pratiques magiques importées d’Afrique, mêlées à des éléments d’origine européenne, cubaines et intégrant des savoirs faire indiens notamment en matière d’utilisation des plantes. “Hoodoo man” est donc un sorcier, un guérisseur et surtout… un vendeur de plante. Dans le cas qui nous occupe, plus urbain, Jordan doit probablement faire allusion au “vendeur d’herbe”, si vous voyez ce que je veux dire.

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- Hey, clowns, have you dug the latest jive?
- No, man!
- Well they got him.
- They got who?
- You know, that man that’s been cooking up that jive,
selling it to these folks ’round town,
makin ‘em have them funny dreams.
- You mean the hoodoo man?
- Yeah!
- Oh no, that cat thought he was just too grand!
- Well, somebody done hoodoo’d the hoodoo man
- Smack me down with the story

Ol’ Joe Hannah from Lousiana,
A hoodoo king in every manner
But i found out with out a doubt,
The tables had turned on him

He ain’t got a tooth in his head,
Poor Ol’ Joe is almost dead
Somebody done hoodoo’d the hoodoo man

10, 10, double 10, 45, 15,
Joe cant drink no gin
Ain’t nothing go over the devil’s back
that don’t buckle under his chin

His face looks just like gravel sand
And everybody’s got Joe on the pan
Somebody done hoodoo’d the hoodoo man

Somebody done cooked up some stuff in a pot,
Not too cold and not to hot
They dropped a few drops in Joe’s beef stew
Now he’s blowing his top, he don’t know what to do

They don’t know who did it
They can’t find out
But he’s done hoodoo’d his last hoodoo without a doubt

Somebody done hoodoo’d
Done hoodoo’d the hoodoo man

(Louis Jordan, 1939)

Louis Jordan - Somebody Done Hoodooed The Hoodoo Man

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Poursuivons notre route en maintenant cette approche apaisante. Vous ai-je fait part de mon désarroi devant l’attitude condescendante adoptée par mes contemporains lorsqu’ils sont exposés à la musique hawaïenne? L’autre jour, alors que je m’esbaudissais emphatiquement sur les prouesses du Ukulele Club de Paris (voir l’article et les réactions à ce sujet), un collègue de travail a affiché un sourire quelque peu douteux avant de me lancer sans trop réfléchir : “Ah oui, la musique hawaïenne… c’est bien celle qu’on entend dans les films d’Elvis Presley, n’est-ce-pas?”. Je l’ai épargné, mais je me retenais à peine de lui asséner un discours appuyé sur la qualité et le respect élémentaire envers la culture et la musique des Îles.

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La musique hawaïenne, quelque soit sa déclinaison, charme à tout coup avec son célèbre glissando qui fait sourire et est devenu sa marque de commerce. Mais il faut la respecter, surtout si on met en rapport la petitesse de l’état américain d’où elle provient et la richesse culturelle qu’elle représente. Pour comprendre son extraordinaire héritage, on doit tenir compte de la musique folk traditionnelle dans son essence même: une large variété de chants et de musiques destinés à des danses hautement ritualisées appelées hula. Elle sert à exprimer le bonheur, la joie, l’adoration divine, communiquer la généalogie, la mythologie, accompagner les jeux et les fêtes.

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Il existe peu de mots précis dans la langue hawaïenne pour expliquer la musique à proprement parler, mais le vocabulaire devient élaboré quand vient le temps de parler du rythme, des instruments, des styles et de la production vocale. La musique hawaïenne est simple melodiquement et rythmiquement, mais est riche et complexe dans sa poésie et dans la subtilité des styles vocaux. Elle s’est considérablement transformée par acculturation quand les non-hawaïens ont commencé à arriver sur l’île: les cowboys mexicains parlant espagnols auraient fortement influencé la création musicale (notamment par l’introduction de certains instruments à cordes et possiblement aussi par le chant falsetto) et les Portugais auraient aussi mis du leur en apportant le braguinha, un petit instrument à 4 cordes, précurseur du ukulele.

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Je vais un jour vous plonger dans le bain avec une compilation de mon crû, mais en attendant voici deux musiciens extraordinaires, grands pratiquants de la technique Slack Key Guitar: Bob Brozman - un américain à qui je dois mon intérêt approfondi pour le genre musical et un guitariste de génie - et Cyril Pahinui, fils du légendaire Gabby Pahinui, de qui il a repris l’héritage en perpétuant la tradition musicale honolulienne. La pièce Coquette provient de leur album Four Hands Sweet And Hot et je vous défie de conserver toute trace de mauvaise humeur après avoir écouté ça.

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Cyril Pahinui et Bob Brozman - Coquette

         

“Il est né il y a plus d’un siècle; bien qu’il fait penser à un jouet et malgré son apparence de guitare miniature, l’ukulélé réunit à lui seul et sous un faible volume tous les rêves exotiques de paradis terrestre”. *

Après l’avoir entendu sur nombre de vieux albums, de 78 tours, joué par d’innombrables fantaisistes de la scène et du cinéma, je n’ai véritablement craqué pour l’ukulélé qu’après avoir entendu Tiny Tim interpréter ‘I Got You Babe’; armé d’un seul et ridicule petit instrument, le très étrange troubadour des années 60 livrait de sa voix haut perchée le double discours ô combien fromagé de Sonny and Cher!

Mon deuxième coup de coeur est venu de Joseph Racaille et de Cyril Lefebvre; les deux comparses, après plusieurs aventures électrifiées, électronifiées ou pas (ZNR, Video Aventure) ont offert chacun leur tour de véritables trésors d’albums dédiés à la musique oubliée, bien qu’inoubliable.

Ensuite Bob Brozman s’est occupé d’allumer le feu et d’entretenir ma passion pour la musique des îles. À la suite d’une conversation avec le guitariste américain - installé en résidence à Québec pour la tenue de plusieurs soirées passionnante avec René Lacaille dans le cadre du Festival d’Été - j’ai appris de la bouche de Brozman l’étonnante théorie selon laquelle la musique des pays occidentaux (et impérialistes) avait été créée pour aider les soldats à garder le pas (en langage musical, on parle d’un tempo 4/4, 1-2-3-4 et on recommence), alors que les musiciens insulaires du sud avaient inventé le contre-temps, un tempo issu d’une musique qu’il qualifiait de ‘défensive’ étant donné la nature même de leur pays conquis.  En bon ethno-musicologue qu’il est et pour illustrer son propos, Brozman tapait des mains sur sa poitrine ou martelait de ses doigts le charango, un petit instrument bolivien à 10 cordes.

Il faut aussi souligner l’univers des néotraditionnalistes comme Robert Crumb et ses Cheap Suits Serenaders, Les Primitifs du Futurs et tout récemment le Ukulele Club de Paris. Ces derniers offrent d’ailleurs un environnement musical totalement enivrant et dépaysant, bien que très instructif pour les mélomanes aventureux. Tous issus d’univers mélodiques distincts et éclectiques, Dominic Cravic (guitariste d’Henri Salvador et de Pierre Barouh), Cyril Lefebvre, Fay Lovsky (une artiste accomplie des Pays-Bas), Silvano Michelino, Joseph Racaille (accompagnateur d’Arthur H), Pierre Sangra, Bradney Scott (bassiste d’Arthur H et de J. Racaille) et Tony Truant (guitariste des Wampas) écument les scènes européennes avec les chansons de leur album Manuïa et autres pièces du répertoire traditionnel des années 30 et 40.

                               

** “Longtemps indissociable de la légèreté facétieuse et du décor tropical en faux-semblant des vaudevilles hollywoodiens, l’ukulélé a été boudé, voire méprisé au cours de ces dernières années… Pourtant, petit et maniable, joli autant que modeste, aisément transportable, tout à la fois facile à jouer et digne des plus grandes virtuosités malgré ses quatre cordes et ses quelques frettes, l’ukulélé ne devait-il pas redevenir l’instrument moderne par excellence? De fait, fétiche du renouveau culturel des peuples maoris, chemise aloha en bannière du Tiki Art, arme absolue de la dérision musicale, il effectue aujourd’hui un come-back retentissant…”

Voici 4 pièces extraites de l’album Manuia du Ukulele Club de Paris. La dernière est probablement un hommage à Penguin Cafe Orchestra…

Ma princesse des mers du sud

Java javanaise

Chigadaging

Manchot rade septet

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 * celle-là, bien trouvé provient du site web du Ukulele Club de Paris!

** texte de présentation du site MySpace du Ukulele Club de Paris.

Il y a dans l’air un je-ne-sais-quoi de grisaille saisonnière et de déprime d’avant-Noël. Ça vient probablement de moi, alors j’assume.

J’ai toutefois entrepris de me concocter rapidement un cocktail audio des plus vivifiants que je vous invite à ramasser drette-là en utilisant bien sûr la fonction clique-droite de votre souris (pour les utilisateurs de Windows) ou Alt-Click (pour les fortunés de Apple).

Quelques petites notes:

1 - Les Beau Hunks forment un ‘orchestre documentaire’ de Amsterdam dédié à la renaissance et à la diffusion de la musique composée pour accompagner les courts-métrages de Laurel et Hardy et The Little Rascals. Ils sont aussi des interprètes chevronnés des oeuvres du compositeur Raymond Scott. Good Old Days.

2 - Mary Schneider est Australienne; elle a fait sa marque en revisitant des pièces archi-connues en les resservant en yodel! Hungarian Dance.

3 - The Swingle Singers, un ensemble vocal a capella, a débuté sa carrière il y a plus de 40 ans en accompagnant Charles Aznavour, Édith Piaf et Michel Legrand. Un groupe d’étudiants en chant de la Grande-Bretagne poursuit la tradition avec cet album consacré aux Beatles. Strawberry Fields Forever.

4 - La carrière de Michael Hurley remonte aussi loin que 1965; il est auteur-compositeur, créateur de bandes dessinées, caricaturiste, aquarelliste et… itinérant. Il faudra bien un de ces 4 consacrer toute une page à ses albums et à sa carrière. Cette chanson-là, comme plusieurs autres de son crû, fait du bien où ça passe. Open Up.

5 - La dernière fois qu’on m’a présenté des résidents des Pays-Bas, j’ai glissé à tout hasard le nom Fay Lovsky. J’ai eu droit très rapidement à un sourire appréciateur et connaisseur; elle est une fierté locale, une artiste accomplie et elle joue dans les projets musicaux les plus intéressants des 10 dernières années (La Bande Dessinée, Le Ukulele Club de Paris). Je dédie celle-là au comédien George Clooney pour son interprétation hilarante du personnage Ulysses Everett McGill dans le film O Brother, Where Art Thou? (un avide consommateur de Brylcreem)  A Little Dab’ll Do Ya.

6 - Marcel Saint-Germain a très certainement ébreché sérieusement les oreilles des spectateurs hilares qui se rassemblaient pour assister aux spectacles des légendaires Cyniques. Un grand talent vocal et un tonitruant personnage: Tony Mazola.

7 - Lindley Armstrong “Spike” Jones est un musicien et acteur américain qui s’est fait connaître par des présentations qui tenaient de la pyrotechnie musicale et un sens du spectacle hors du commun. Il s’est rendu célèbre pour sa relecture des grands classiques jouée sur des ustensiles de cuisine. Cocktails for Two.

8 - Allez jeter un coup d’oeil aux créations du chanteur western O’neil Devost (que je pille ici sans vergogne) qui a le courage de se produire lui-même. Si vous aimez la chanson, achetez ses albums. Le Systeme.

9 - Les Standardistes se sont peut-être produits près de chez vous… ils s’amusent à revisiter (et parfois détruire) des intouchables de la chanson. Ici l’ami Jocelyn Drolet nous fait James Brown en français. Une oeuvre monumentale! Machine à Sexe.

Avec ça, on devrait être capable de passer les prochaines semaines.

Parlons mieux, parlons allemand.

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Dans les années 70, les germaniques ont été, tout comme les Québécois dans les années 60, tentés de reprendre à leur compte les grands succès de la musique populaire américaine. Il s’agissait bien sûr de faire le plus d’argent possible en quelques 45 tours, en soutirant aux auteurs des galettes originales tout profit potentiel à l’extérieur des pays où les dits-succès ont été lancés.

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L’ensemble des Comedian Harmonists a connu son heure de gloire pendant la période de l’entre deux guerres et son succès coïncide avec la montée du nazisme. Son fondateur Harry Frommermann étant de confession juive, le groupe a opté pour les États-Unis par crainte de représailles nazies, ce qui a entraîné en quelque sorte son chant du cygne, compte tenue du retour des autres en Allemagne. On leur reconnait plusieurs émules, dont les célèbres Frères Jacques, les Quatre Barbus, les Octaves et Chanson Plus Bifluorée et un film - que je vous recommande chaudement, autant que leurs disques -  leur est aussi consacré. Pour vous donner une idée : Veronika, der Lenz ist da.

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Erdmöbel est une formation compacte teutone basée à Cologne. Si je traduis correctement, son nom signifie les Meubles de Terre; on peut donc parler ici de musique d’ameublement à caractère nostalgique. Une très agréable version du classique Close To You de Burt Bacharach et Hal David; remarquez le soin apportée à la production très fine et subtile.

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Die Zwei est, comme son nom l’indique, composé de deux personnes. Le duo est plutôt obscur et peu notoire, mais il a fait sa marque avec des arrangements vocaux à l’ancienne et un enrobage très ‘années 80’ (je relis ça et ça ressemble à un oxymore !). Ils reprennent brillamment Harry Lime Theme , composé par l’autrichien Anton Karas pour le film “Le Troisième Homme”. L’album s’appelle USA ! USA ! USA ! et si vous en trouvez une copie, appelez-moi parce que c’est rare comme la déjection de Benoit XVI.

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Roy Black est le pseudonyme d’un blogueur allemand de grande qualité – en hommage au chanteur Gerhard Höllerich qui portait le même nom. En consultant son excellente page, j’ai mis la main sur German Covers - The Wunder Years 1965-1976, une compilation délirante de grands succès traduits en allemand pour des artistes d’une qualité douteuse à la carrière tout ce qu’il y a de plus confidentielle. 2 extraits :  Don Anderson (de son vrai nom Edo Zanki) interprète Beautiful Sunday (un succès du britannique Daniel Boone en 1972, retenez-moi parce que j’ai envie de vous faire entendre la version de Patrick Zabé «J’ai trop mangé») et Stefan Waggershausen avec Herz aus Gold(Heart of Gold de Neil Young).

The Comedian Harmonists - Veronika, der Lenz ist da

Erdmöbel - Close To You

Die Zwei - Harry Lime Theme (The Third Man)

Don Anderson (Edo Zanki) - Beautiful Sunday

Stefan Waggershausen - Herz aus Gold