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Je termine ici (enfin! dirons certains) le cycle Musique Pas d’Air entamé joyeusement le 29 mars 2008 dernier. Il s’agissait, si vous vous en rappelez bien d’empiler une centaine de chansons en suivant le principe selon lequel les coups de coeur et les ‘incontournables’ tiennent le haut du pavé, mais que les incongruités et les pièces inclassables sont aussi de la partie. J’ai été tenté de faire connaître des choses un peu plus élaborées que j’ai toujours approchées avec une curiosité élémentaire (en souhaitant que vous fassiez de même), mais il faut aussi admettre que la compilation s’est parfois égarée dans des chemins douteux parce que c’est souvent comme ça sans boussole. Par contre, l’émotion était au rendez-vous.

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Et tout le monde sait qu’un cycle, par définition, revient sur lui-même. Alors on va finir en beauté comme on a commencé avec les néerlandais Ocobar accompagnés par leur ami de Rotterdam Geert Chatrou, champion siffleur international.

Ocobar and Geert Chatrou - Moon Fiesta

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Sur une note plus légère, il semblerait que Britney Spears aurait retrouvé sa taille de guêpe. N’est-ce pas absolument fantastique? Pourquoi vivre dans l’incertitude quant à l’avenir de la race humaine, quand des nouvelles aussi rafraîchissantes apparaissent dans le paysage médiatique! Ce qui me fait penser que je dois absolument vous parler du projet millénariste de Richard Thompson.

Le guitariste britannique s’est fait demander en 1999 par le magazine Playboy de dresser la liste des 10 plus grandes chansons du millénaire. “Quelle bande d’hypocrites!” s’est-il dit. “Ils ne s’intéressent probablement qu’aux 20 dernières années!” Et il a immédiatement entrepris de leur fournir une liste des meilleures pièces étalées sur 1000 ans, une lente progression musicale de la musique médiévale jusqu’à Britney Spears. Il n’a bien sûr jamais entendu parler des éditeurs de Playboy par la suite.

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Le résultat a donné lieu à l’élaboration d’un excellent concert - Richard Thompson - 1000 Years of Popular Music - toujours en tournée présentement. Accompagné par la chanteuse-claviériste Judith Owen et la percussioniste Debra Dobkin, Thompson offre des interprétations magnifiques de “Sumer Is Icumen In” écrit en 1260, “King Henry V’s Conquest of France” du 15ème siècle, “Blackleg Miner” du 19ème et de “Orange Colored Sky” de Nat King Cole. Et bien sûr du classique de Britney.

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Richard Thompson - Oops! I Did It Again

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Fiez-vous sur moi, Hazmat Modine va sortir de New York un de ces quatre ! Cet ensemble pas ordinaire a été fondé dans la Grosse Pomme par l’harmoniciste diatonique Wade Schuman qui s’est inspiré de la musique des bourgades de l’Amérique rurale entre les années 20 et 60 (je sais, la palette est large) en fusionnant ses éléments les plus racinaires (Country Blues, Swing, Klezmer, New Orleans R&B et Jamaican Rocksteady) et par une utilisation plus que judicieuse de deux harmonicas diatoniques, d’une guitare, d’un cymbalom roumain, d’un sheng chinois, d’une claviola, d’une guitare hawaïenne, d’une trompette, d’un tuba et de percussions variées.

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Ça fait beaucoup penser aux Cheap Suit Serenaders ou aux Primitifs du Futur (du moins dans son intention), mais la facture est vraiment très bien ancrée dans la tradition américaine. La proposition musiciale d’Hazmat Modine tient autant du jazz d’avant-garde, que du rockabilly ou du western swing. Elle est aussi teintée d’influences moyen-orientale, africaine et hawaïenne. Wade Schuman a aussi avoué son admiration pour le groupe Huun-Huur-Tu de Mongolie qui s’est fait connaître pour son utilisation judicieuse du chant de gorge, une technique vocale ahurissante permettant au chanteur de produire deux notes en même temps en utilisant la résonnance harmonique créée par l’interaction du placement des muscles de la gorge et de la langue dans le palais.

Hazmat Modine m’a fait penser immédiatement à Tom Waits, mais après écoute attentive on a vraiment affaire à des artistes originaux et authentiques, véritablement dédiés à la transmission d’une certaine tradition américaine qui témoigne de la vivacité du melting pot culturel new-yorkais.

Hazmat Modine - It Calls Me

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La musique composée par Neil Young pourrait se définir comme “du folk-rock acoustique mâtiné de country“, c’est du moins ce que laisse entendre une biographie de l’encyclopédie Wikipédia. Mais c’est bien plus que cela, vous vous en doutez bien. Le Torontois de naissance Neil Percival Young a contribué - après ses débuts avec The Squires, le succès naissant de Buffalo Springfield et la gloire du quatuor Crosby, Stills, Nash & Young - à une partie assez considérable du vocabulaire musical de L’Homme Scalp.

Facilement reconnaissable par sa voix haut-perchée, une guitare omniprésente et des textes très personnels, Young est responsable d’un engouement certain pour le folk acoustique; on lui doit entre autres un respect essentiel pour la musique country, l’invention d’une forme de rock grunge bien avant les balbutiements des petits-culs de Seattle et la confirmation qu’un artiste a parfaitement le droit de s’aventurer dans le territoire de création qu’il veut bien occuper, au moment jugé opportun, sans demander l’avis aux requins de l’industrie.

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En dépit de plusieurs tragédies personnelles (maladies graves, divorce, deux garçons atteints de handicaps moteur et mental, disparition brutale d’amis), Neil Young poursuit sa carrière de musicien depuis plus de 40 ans. Chaque album est particulièrement marqué par le contexte du moment présent et parfois politiquement engagé. Il a reçu le Prix de l’Académie Charles-Cros pour son album Harvest qui est cité comme un des plus grands albums de l’histoire. Choisir une pièce représentative de son oeuvre implique une décision trop douloureuse, tellement son catalogue est riche et foisonnant. En voici une, comme ça à tout hasard, toute simple.

Neil Young - One Of These Days

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Je suis dubitatif. Dois-je dresser la biographie de Lucinda Williams? Vous expliquer qu’elle est la fille d’un poète et professeur de collège, qu’elle est née à Lake Charles en Louisiane et qu’elle adore Hank Williams? Où vous dresser sa carte du ciel? Tout ça pour vous convaincre d’aborder sa discographie sincèrement et découvrir une artiste de talent, une voix extraordinaire, rauque, maganée mais authentique. Commencez par Car Wheels on a Gravel Road (un album magnifique, une oeuvre d’amour réalisée avec des lumières du country-folk Emmylou Harris, Steve Earle). Et tapez-vous en premier lieu Words, de son album West paru en 2007. vous m’en direz des nouvelles.

Lucinda Williams - Words

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Avec constance, simplicité et émotion, le musicien et compositeur britannique Robert Wyatt revient épisodiquement nous chavirer avec un bel album de son crû. Et cette voix, envoutante et bouleversante, est un direct au coeur. Le fondateur de Soft Machine - batteur devenu chanteur à la suite d’un bête accident qui l’a rendu paraplégique et l’a confiné à la chaise roulante - est un acteur-clé de la scène Canterbury aux côtés de grands musiciens comme Daevid Allen, Hugh Hopper, Kevin Ayers, Richard Sinclair et a participé aux grands courants progressistes de la musique anglaise.

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Le parcours de Robert Wyatt, qui s’étend sur quatre décennies, est d’une grande cohérence musicale. De la première et de la deuxième, on retiendra qu’il a été batteur de Soft Machine, puis de Matching Mole, et qu’il a lancé en 1974 son chef d’œuvre Rock Bottom, un disque d’une grande originalité, au-delà des genres établis, à la fois jazz, poésie, pop et musique expérimentale. Un album qui marque le vrai début d’un parcours en solo de plus de trente ans, marqué par des albums extraordinaires (Dondestan, Old Rottenhat, Shleep). Wyatt vient de terminer avec Comicopera une trilogie d’albums réalisés en home-recording et avec les mêmes musiciens (notamment Brian Eno, Yaron Stavi, Annie Whitehead, Paul Weller, Phil Manzanera). C’est un album, très mélodique, presque pop, composé comme un opéra, en trois actes qui partent du singulier pour rejoindre l’universel.

Robert Wyatt - Be Serious

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Les anglo-saxons emploient “to jam” pour désigner l’action de musiciens qui s’assemblent pour produire de la musique improvisée. Les Français - qui croient à tort que leur parler vernaculaire est celui de toute la francophonie - utilisent plutôt “faire un boeuf” et, dans le vocabulaire du monde de la boucherie, cette dernière expression est la définition même du verbe “jambonner“. Intéressant, n’est-ce pas? Ça l’est d’autant plus quand on sait que cette érudition toute charcutière explique pourquoi Philippe, Laurent, Mathieu, Jérôme, Guillaume, Gilou, Sébastien, Michel, Thierry, Dom, Eric et Bébert, tous originaires de Nantes, se sont succédés pour former Les Jambons.

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Le groupe humoristique s’est produit plus de 800 fois sur une multitude de scènes et ont sillonné la France, la Belgique, la Suisse et le Québec avec un genre qui s’apparente à celui des tout aussi hilarants VRP. Musicalement, Les Jambons ont emprunté à tous les styles qui leur tombaient sous la main et qui pouvaient servir leur propos: ils se sont réclamés de James Brown, Django Reinhardt, Georges Brassens, Mike Brant, AC/DC ou même d’Alan Stivell. L’instrumentation passait du traditionnel (basse, guitare classique, caisse claire, harmonica) au plus hétéroclite (section de cuivres remplacée par du kazoo, contrebassine, batterie de cuisine.

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Les textes méritaient qu’on s’y arrête et ont fait de leurs trois albums de véritables trésors (jeux de mot subtils, humour noir, satiriques attaques contre le monde de la grande distribution, de la restauration rapide, des médias et de la politique, récits cyniques de la vie quotidienne). “Tout le monde est en plastique” est paru en 1996; “Moderne” en 2000 et “Twist Yéyé” en 2002 dont j’ai extrait ici une pièce qui résume bien le caractère résolument bédé de leur approche. S’ils me lisent, merci Jambons pour le magnifique concert de Québec au Petit Champlain. J’en ris encore.

petit à petit j’ai appris
à faire un peu gaffe à mon style
mes journées se passent dans un costume
deux pièces-cravate un style très pur
qui me donne fière allure
veste beige, pantalon bleu, chemise rose et cravate jaune

Jambons - La honte

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Il y a 12 ans, apparaissait sur la planète Québec Musique l’album Joseph Antoine Frédéric Fortin Perron, première tentative du créateur Fred Fortin, originaire de Saint-Prime. On y trouvait de belles petites perles comme T’es grosse pis t’es belle, Moisi moé’ssi, Gros Bill ou Portrait d’un ovni au coeur d’une oeuvre déjà pertinente parce que brute et pas trop polie (dans tous les sens du mot); le musicien y démontrait rapidement un talent qui lui sortait par les oreilles (un excellent bassiste, à part ça!).

Le touche-à-tout a multiplié les projets musicaux risqués (Gros Méné, Galaxie 500), a poursuivi brillamment sa carrière solo (Le plancher des vaches, Planter le décor) en démontrant autant de parenté avec George Harrison que d’affinité pour Réal V. Benoît, le porte-voix des mineurs de l’Abitibi. Alors que son premier album était enregistré dans un chalet au lac Etchemin, Fred s’est offert une production plus léchée en compagnie de ses complices habituels (Olivier Langevin, un émule de Jimi Hendrix) et du claviériste Dan Thouin.

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Le gars est d’une sincérité désarmante et n’est jamais là où on l’attend. Il a présenté un concert accompagné par le Consort contemporain et il vient de mettre la touche finale à l’album de Thomas Fersen (!) qui sortira cet automne en plus de préparer son prochain. Ça promet.

Fred Fortin - Mélane

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