00's


11736.jpg

Les anglo-saxons emploient “to jam” pour désigner l’action de musiciens qui s’assemblent pour produire de la musique improvisée. Les Français - qui croient à tort que leur parler vernaculaire est celui de toute la francophonie - utilisent plutôt “faire un boeuf” et, dans le vocabulaire du monde de la boucherie, cette dernière expression est la définition même du verbe “jambonner“. Intéressant, n’est-ce pas? Ça l’est d’autant plus quand on sait que cette érudition toute charcutière explique pourquoi Philippe, Laurent, Mathieu, Jérôme, Guillaume, Gilou, Sébastien, Michel, Thierry, Dom, Eric et Bébert, tous originaires de Nantes, se sont succédés pour former Les Jambons.

laurent.jpg philippe.jpg

Le groupe humoristique s’est produit plus de 800 fois sur une multitude de scènes et ont sillonné la France, la Belgique, la Suisse et le Québec avec un genre qui s’apparente à celui des tout aussi hilarants VRP. Musicalement, Les Jambons ont emprunté à tous les styles qui leur tombaient sous la main et qui pouvaient servir leur propos: ils se sont réclamés de James Brown, Django Reinhardt, Georges Brassens, Mike Brant, AC/DC ou même d’Alan Stivell. L’instrumentation passait du traditionnel (basse, guitare classique, caisse claire, harmonica) au plus hétéroclite (section de cuivres remplacée par du kazoo, contrebassine, batterie de cuisine.

sebastien.jpg gerome1.jpg

Les textes méritaient qu’on s’y arrête et ont fait de leurs trois albums de véritables trésors (jeux de mot subtils, humour noir, satiriques attaques contre le monde de la grande distribution, de la restauration rapide, des médias et de la politique, récits cyniques de la vie quotidienne). “Tout le monde est en plastique” est paru en 1996; “Moderne” en 2000 et “Twist Yéyé” en 2002 dont j’ai extrait ici une pièce qui résume bien le caractère résolument bédé de leur approche. S’ils me lisent, merci Jambons pour le magnifique concert de Québec au Petit Champlain. J’en ris encore.

petit à petit j’ai appris
à faire un peu gaffe à mon style
mes journées se passent dans un costume
deux pièces-cravate un style très pur
qui me donne fière allure
veste beige, pantalon bleu, chemise rose et cravate jaune

Jambons - La honte

photo3.jpg

Il y a 12 ans, apparaissait sur la planète Québec Musique l’album Joseph Antoine Frédéric Fortin Perron, première tentative du créateur Fred Fortin, originaire de Saint-Prime. On y trouvait de belles petites perles comme T’es grosse pis t’es belle, Moisi moé’ssi, Gros Bill ou Portrait d’un ovni au coeur d’une oeuvre déjà pertinente parce que brute et pas trop polie (dans tous les sens du mot); le musicien y démontrait rapidement un talent qui lui sortait par les oreilles (un excellent bassiste, à part ça!).

Le touche-à-tout a multiplié les projets musicaux risqués (Gros Méné, Galaxie 500), a poursuivi brillamment sa carrière solo (Le plancher des vaches, Planter le décor) en démontrant autant de parenté avec George Harrison que d’affinité pour Réal V. Benoît, le porte-voix des mineurs de l’Abitibi. Alors que son premier album était enregistré dans un chalet au lac Etchemin, Fred s’est offert une production plus léchée en compagnie de ses complices habituels (Olivier Langevin, un émule de Jimi Hendrix) et du claviériste Dan Thouin.

fred-conort.jpg

Le gars est d’une sincérité désarmante et n’est jamais là où on l’attend. Il a présenté un concert accompagné par le Consort contemporain et il vient de mettre la touche finale à l’album de Thomas Fersen (!) qui sortira cet automne en plus de préparer son prochain. Ça promet.

Fred Fortin - Mélane

drapeau_300.jpg

Hier soir, de retour d’un séjour à Montréal pendant quelques jours avec les enfants. Fatigué, je regarde un peu endormi le grand spectacle de la Saint-Jean sur les Plaines d’Abraham. Un genre de Beau et Show sans Normand Brathwaite, animé par Guillaume Lemay-Thivierge, accompagnés par ses cheveux (plusieurs changements de coiffure), son linge (plusieurs changements de costumes), son corps sculpté de culturiste, (il a l’air de s’aimer beaucoup). Ceci dit, le gars ne manque pas d’audace de se lancer dans l’animation comme ça!

Kevin Parent était de bonne humeur et bien dans sa peau; Pierre Lapointe était tout sauf sincère et il n’avait pas l’air d’avoir envie d’être là; Daniel Bélanger, pas plus. Et tutti quanti. Tout cela ne me dit rien qui vaille. En même temps, ça me fait plaisir d’entendre ici et là des pièces qui ont été à l’origine des flashs de génie de grands créateurs (Robert Charlebois, Mouffe, Marcel Sabourin). Mais pour la passion, on repassera.

blo_fmeurbain.jpg

J’avais déjà programmé quelque chose pour aujourd’hui sans trop de rapport avec la Fête Nationale. C’est quelque peu mélancolique, donc pas trop festif. Mais on ne change rien au plan de la série Musique Pas d’Air. Ce sera donc une pièce de Urbain Desbois. Je vous ai déjà écrit tout le bien que je pense de lui. Si vous avez raté ça, rendez-vous ici.

Urbain Desbois - Servicissitude

martel_fr3.jpg

Frank Martel, poète et musicien. Sa vie est entièrement vouée à l’inconnu et au silence qui lui est propre.

Voilà comment est présenté l’auteur derrière les albums Enjambons le désert, Sautons ce repas de midi et le tout aussi bien nommé YÉ-YI-YOU-YA.

Mais dites-vous aussi, lecteurs de L’Homme Scalp, que le poète en question attire mon attention pour des raisons tout aussi aléatoires que sa propension à dé-reeler l’irréel: il colle parfois son front sur celui d’Urbain Desbois et de Nathalie Derome (il faut bien extraire quelque chose du choc des idées) en plus de témoigner fréquemment de l’existence de personnages jugés essentiels à son environnement : le renne, la belette, le mérou, la teigne et la marmotte.

Une poésie hallucinée et l’Ouest Céleste pour la cristalliser: guitare, ukulele, theremin, clavier, basse, batterie. Toute la quincaillerie agitée et secouée par Frank lui-même, Bernard Falaise, Éloi Deit et Michel F. Côté.

Frank Martel - Les Grands Ecarts

01-cannibale.jpg

Etiqueté rap musette, le groupe parisien Java, composé de François Xavier Bossard alias Fixi (accordéon et claviers), Erwan Seguillon (auteur-interprète), Jérôme (contrebasse) et Alexis (batterie), a lui-même résumé l’essentiel de son art avec une chanson qui leur a servi d’hymne officiel:


Java c’est pas de la menthe à l’eau,
Java c’est du rock’n roll,
Java c’est le vrai son parigot,
La devise : sexe, accordéon et alcool.

java4.jpg

Jeux de mots et métaphores brillantes sont le sel de leurs compositions et de leurs textes bien ciselés. Après un premier album très réussi (Hawaï), Java a lancé en 2003 Safari Croisière, enregistré à Rio pour colorer plusieurs morceaux de percussions et cordes brésiliennes, et de rythmes de samba. J’aime bien celle-là, une histoire savoureuse, mettant en scène un reporter qu’on aime bien déguster en sauce!

Java - Sacrifice chez les Zombile

proxcd07_cover.jpg

Originaire de Rouyn-Noranda, le duo Geneviève et Matthieu s’est fait connaître avec 3 albums qui ont permis d’exprimer leur désinvolture et de diffuser le produit de leur démarche unique, un savant mélange d’arts plastiques, de poésie, de performance, d’humour et de mélodies. Leur propension à l’originalité se traduit sur scène par une explosion visuelle extravagante et improvisée. Leur statut public demeure toutefois confidentiel et il est largement temps de les faire connaître. Aussi, je recommande chaudement les albums Mélodies et Crions notre joie, ainsi que leur dernière galette Rouge-gorge parue en 2007.

Genevieve et Mathieu - Blue-jeans

Page suivante