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L’Homme Scalp entreprend son pélerinage annuel au Festival de Musique Actuelle de Victoriaville pour assister à quelques unes des messes musicales qui y seront présentées.

John Zorn présentera “The Dreamers“, un projet “plus accessible” gravitant autour du compositeur et de ses passions pour les musiques exotica, surf, juives, jazz et film noir.

John Zorn ‘The Dreamers’ (en spectacle à Israel )

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Le vétéran victorien Fred Frith offre son nouveau projet intitulé “Cosa Brava“; le guitariste sera très bien entouré avec un groupe lui permettant d’évoluer à nouveau dans un contexte rock (Carla Kihlstedt, Zeena Parkins, Matthias Bossi).

Fred Frith ‘Cosa Brava’ (en spectacle à Venise)

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Le guitariste, chanteur et compositeur québécois René Lussier présente quant à lui une performance avec les platinistes Martin Tétreault et Otomo Yoshihide (du beau bruit et des moments de grâce à prévoir).

Otomo Yoshihide & Martin Tetreault

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Et pour clore la programmation, les britanniques Chris Cutler et Fred Frith nous font le cadeau du spectacle Art Bears Songbook; nous en pleurons déjà d’émotion!

Art Bears - Freedom (pièce de l’album The world as it is today)

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Est-ce que je dois vraiment vous convaincre d’écouter Tom Waits? Thomas Alan Waits - compositeur, chanteur, réalisateur musical, musicien et acteur américain - a produit plus de 21 albums, a collaboré à une dizaine de musiques de films, en plus de participer, comme acteur, à 22 films long-métrage (Sylvester Stallone, Francis Ford Coppola, Jim Jarmusch, Terry Gilliam, Wim Wenders, Robert Altman, Roberto Benigni). Waits débute comme chanteur de night-club avec ses ballades de crooner, mi-parlées, mi-chantées sur fond de jazz, et fait preuve d’un lyrisme éloquent, alors qu’il évoque, dans un style qui rappelle celui de Raymond Chandler ou de Charles Bukowski, le monde désabusé des bars enfumés (Closing Time, The Heart of Saturday Night, Small Change, Foreign Affairs, Blue Valentine).

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Après une longue collaboration avec les réalisateurs américains Francis Ford Coppola (Rusty James, Outsiders, One From The Heart, Cotton Club et Dracula) et Jim Jarmush ((Down by Law, Coffee and Cigarettes), Tom Waits produit une série d’albums beaucoup moins conventionnels dans lesquels il propose une instrumentation éclectique et un sens de la composition et du théâtre qui font de Swordfishtrombones, Rain Dogs et Frank’s Wild Years des oeuvres modernes et exceptionnelles qui tiennent encore la route 20 ans plus tard.

Quelques années plus tard, Waits se lance dans la réalisation de son album The Black Rider en compagnie de l’écrivain et raconteur extraordinaire William S. Burroughs; le disque confirme entre autres son intérêt croissant pour le théâtre.

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Cette courte biographie est insuffisante pour expliquer à quel point Tom Waits est en parfaite concordance artistique avec son temps et laisse tranquillement sa marque sur l’univers théâtral et musical américain. Je vous laisse la pièce Just The Right Bullet qui a en plus un petit côté Ennio Morricone que je trouve particulièrement efficace.

Tom Waits - Just the Right Bullets

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On ne passe pas à côté de cet extraordinaire iconoclaste de la musique américaine. J’ai craqué pour sa musique le jour où j’ai entendu Der Fuerher’s Face, une chanson commandée par Walt Disney pour le dessin animé de propagande Donald Duck in Nutzi Land. J’étais crampé lorsque j’ai entendu les onomatopées, les bruits de bouche et les percussions; encore plus quand j’ai compris qu’elles étaient l’oeuvre d’une vraie personne et complètement estomaqué quand j’ai compris qu’elles étaient le fruit de l’imagination débordante de Lindley Armstrong Jones, fils d’un agent des chemins de fer de la compagnie Southern Pacific, un garçon si maigre qu’on le comparaît à un clou de rail (‘rail spike’ en anglais).

Percussionniste, multi-instrumentiste et arrangeur de grand talent, Spike Jones a fondé au début des années 40, l’ensemble Spike Jones and The City Slickers avec le chanteur Del Porter, le violoniste Carl Grayson, le chanteur et trompettiste George Rock, le clarinettiste et chanteur Mickey Katz et les vocalistes Doodles Weaver et Red Ingle. L’orchestre fait du plaisir sa principale motivation et propose entre autres d’assassiner les grands classiques de la musique et de réinterpréter des succès connus sous des formes inusitées. Spike a entre autres parodié le succès Ghost Riders in The Sky (”Encore!” me dites-vous…) en imitant un chanteur alcoolique et en ridiculisant son auteur Vaughn Monroe; il a aussi joué l’ouverture du Guillaume Tell de Rossini sur des ustensiles de cuisine.

Le groupe a eu sa propre émission de télé sur NBC et CBS entre 1954 et 1961. On y voyait Spike Jones sautiller en agitant des cloches de vaches, jouant du klaxon, de la corne de brume, puis du xylophone pour finir par tirer en l’air avec un pistolet. Un des instruments utilisé - le ‘latrinophone’ - était en fait un siège de cuvette de toilettes avec des cordes (Rock et Belles Oreilles peut se rhabiller!). Spike a largement influencé l’humoriste Stan Freberg, The Goons, les Beatles, Frank Zappa, The Bonzo Dog Doo-Dah Band et The Roto Rooter Goodtime Christmas Band.

Spike Jones - Cocktails for Two

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Raymond Scott - de son vrai nom Harry Warnow (tiens un autre artiste au nom à consonnance juive qui a préféré taire ses origines) - est un Américain de Brooklyn, ingénieur électronicien, musicien jazz et véritable pionnier oublié de la musique électronique.

De nature curieuse, je lis les génériques d’émissions de télé; je me rappelle avoir remarqué à la fin des cartoons de Warner Brothers, en plus du génial Carl Stalling, la mention de Raymond Scott comme auteur de la musique des meilleurs dessins animés de Daffy Duck, Bugs Bunny et leurs amis de Loony Toons. Un de ses thèmes les plus célèbres, celui de Powerhouse écrit au milieu des années 30 a été utilisé des dizaines de fois par les concepteurs de WB, tellement il était efficace. Arrangeur et directeur de son célèbre Raymond Scott Quintette, il a fait un malheur sur les planchers de danse et parmi les amateurs de jazz avec des compositions très audacieuses. Disons qu’il s’agissait de ses emplois ‘de jour’.

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Parce que quand il rentrait chez lui, Scott cultivait ses autres passions. La technologie et l’électronique. Des années avant la commercialisation du synthétiseur par Robert Moog, Raymond Scott a perfectionné plusieurs instruments permettant de générer des effets sonores, en plus de développer le Clavivox et l’Electronium. Au début des années 60, Scott lance Soothing Sounds For Baby, une série d’albums destinés à endormir les enfants, et compose des petites pièces répétitives et minimalistes sur une base séquentielle, inaugurant sans le savoir un mouvement qui allait éclore des années plus tard avec Steve Reich et Philip Glass. Et faire naître aussi une enveloppe sonore qui allait devenir la marque de commerce des allemands Kraftwerk.

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Au milieu des années 40, Scott devient un des rares directeurs d’orchestre a posséder son propre studio d’enregistrement. Et c’est dans les installations de Manhattan Research, Inc qu’il compose, quelques années plus tard, une série de petites pièces ‘alimentaires’ pour le marché publicitaire en offrant ses services aux grandes entreprises (détergents Vim, pastilles Vicks). Elles sont compilées sur l’extraordinaire livre-coffret MANHATTAN RESEARCH INC qui regroupe ces enregistrements produits entre 1953 et 1969. On peut très certainement dire de Raymond Scott qu’il a fait entrer la musique américaine dans la modernité, rien de moins. Un pionnier que je vous invite à connaître autant pour son génie d’arrangeur de jazz, que pour son talent de visionnaire de la musique électronique.

Amis mélomanes aventureux ou simplement aux curieux de passage, je ne peux que vous inviter à consulter l’extraordinaire site web consacré à la vie et à l’oeuvre de Raymond Scott. Mettez ça dans vos signets, à lire tranquillement.

Raymond Scott - Vicks Formula 44

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Louis Jordan est devenu très populaire à Harlem et s’est fait largement connaître dans le reste des États-Unis à la fin des années 30 et au cours des deux décennies suivantes avec son groupe The Tympany Five. Le clarinettiste, saxophoniste et acteur a fait sa marque en combinant un sens du spectacle avec son grand talent d’instrumentiste. Somebody Done Hoodooed The Hoodoo Man illustre de façon éloquente son grand talent de conteur et démontre comment le jazz exigeait à cette époque des musiciens aussi compétents que divertissants.

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L’auteur et musicologue Jean-Paul Levet a tenté - dans son ouvrage Talkin’ That Talk, Le Langage du blues et du jazz - de définir la signification de plus de 3 000 termes ou expressions du vocabulaire négro-américain. Par exemple, “hoodoo” désigne l’ensemble de croyances, coutumes et de pratiques magiques importées d’Afrique, mêlées à des éléments d’origine européenne, cubaines et intégrant des savoirs faire indiens notamment en matière d’utilisation des plantes. “Hoodoo man” est donc un sorcier, un guérisseur et surtout… un vendeur de plante. Dans le cas qui nous occupe, plus urbain, Jordan doit probablement faire allusion au “vendeur d’herbe”, si vous voyez ce que je veux dire.

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- Hey, clowns, have you dug the latest jive?
- No, man!
- Well they got him.
- They got who?
- You know, that man that’s been cooking up that jive,
selling it to these folks ’round town,
makin ‘em have them funny dreams.
- You mean the hoodoo man?
- Yeah!
- Oh no, that cat thought he was just too grand!
- Well, somebody done hoodoo’d the hoodoo man
- Smack me down with the story

Ol’ Joe Hannah from Lousiana,
A hoodoo king in every manner
But i found out with out a doubt,
The tables had turned on him

He ain’t got a tooth in his head,
Poor Ol’ Joe is almost dead
Somebody done hoodoo’d the hoodoo man

10, 10, double 10, 45, 15,
Joe cant drink no gin
Ain’t nothing go over the devil’s back
that don’t buckle under his chin

His face looks just like gravel sand
And everybody’s got Joe on the pan
Somebody done hoodoo’d the hoodoo man

Somebody done cooked up some stuff in a pot,
Not too cold and not to hot
They dropped a few drops in Joe’s beef stew
Now he’s blowing his top, he don’t know what to do

They don’t know who did it
They can’t find out
But he’s done hoodoo’d his last hoodoo without a doubt

Somebody done hoodoo’d
Done hoodoo’d the hoodoo man

(Louis Jordan, 1939)

Louis Jordan - Somebody Done Hoodooed The Hoodoo Man

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Petit intermède pour vous parler de cinéma. J’ai vu hier soir ce qui constitue pour l’instant le plus gros coup de coeur cinéma de l’année 2008. Le film s’appelle De l’autre côté (Titre original : Auf der anderen Seite) et il va propulser son réalisateur Fatih Akin dans le who’s who du cinéma mondial populaire, bien que le buzz est de plus en plus fort depuis ses films précédents Head On et Crossing The Bridge (un documentaire fascinant sur la nouvelle culture musicale turque).

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De l’autre côté raconte 3 histoires parallèles : Ali, un expatrié à Hambourg veut vivre un amour exclusif avec une prostituée turque. Cette dernière, Yeter, couche avec d’autres hommes pour payer des études à sa fille. Celle-là même, qui mène un combat politique dangereux, est une jeune paumée courageuse. Désespérée, Ayten rencontre Lotte, une étudiante allemande qui est séduite par son charme et son engagement politique. Idéaliste, Lotte aide son amante au péril de sa vie, pendant que leurs parents les regardent partir, mener un combat dangereux et plus que périlleux.

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Un film sur le sens de la famille, le courage et la liberté. Touchant, renversant, tellement bien filmé (la Turquie, encore une fois, comme vous ne l’avez jamais vue), un montage terriblement efficace, une caméra audacieuse, des interprètes de talent (Hanna Schygulla!).

Le film va vous rester dans la tête, c’est promis.

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